En Côte d’Ivoire, le cancer de la prostate s’impose aujourd’hui comme une urgence silencieuse mais majeure de santé publique. Premier cancer de l’homme dans le pays, il présente une incidence estimée à 48 cas pour 100 000 hommes et un taux de mortalité de 29,5 pour 100 000, parmi les plus élevés au monde. Plus préoccupant encore, plus de 80 % des cas sont diagnostiqués à un stade avancé, souvent métastatique, réduisant considérablement les chances de survie.
Face à cette situation critique, les autorités sanitaires ivoiriennes, en collaboration avec des partenaires internationaux, ont décidé d’agir. C’est dans ce contexte que s’est tenu, du 14 au 15 avril 2026 à Abidjan, le deuxième atelier conjoint pour la validation de la feuille de route du système de détection précoce du cancer de la prostate, dans le cadre du projet CoPrED.

Lors de la cérémonie d’ouverture, le Professeur Soro Kountélé Gona, représentant le ministre de la Santé, a insisté sur l’ampleur du défi : le cancer de la prostate constitue le premier cancer de l’homme en Côte d’Ivoire et représente un lourd fardeau pour les patients, leurs familles et le système de santé. Il a rappelé un point essentiel : détecté précocement, ce cancer peut être guéri dans plus de 95 % des cas, alors qu’un diagnostic tardif entraîne des traitements lourds, coûteux et souvent inefficaces.
Dans le même élan, le responsable du Centre National du Cancer de Corée (NCCK) a souligné que « la détection précoce du cancer est un impératif », insistant sur la nécessité d’une synergie d’actions entre les différents acteurs pour garantir le succès de la feuille de route.

Cet atelier a réuni experts, oncologues, urologues et médecins généralistes autour d’un objectif commun : transformer durablement la prise en charge du cancer de la prostate en Côte d’Ivoire. Plusieurs défis ont été identifiés, notamment le manque de sensibilisation, l’insuffisance d’équipements, les difficultés d’accès aux soins et le déficit de formation spécifique des professionnels de santé.
Pour y répondre, le projet CoPrED, soutenu par la coopération coréenne via KOICA et le NCCK, propose une approche structurée. Sa première phase a permis de former 50 médecins généralistes ivoiriens à la détection précoce du cancer de la prostate. Ces derniers constituent désormais un vivier de formateurs chargés de renforcer les capacités sur l’ensemble du territoire.
Le Dr Konan Konan Daniel, médecin au CSU de Kassamblé et porte-parole des médecins formés, a lancé un appel fort à la population : il ne faut pas attendre les symptômes pour consulter. « Lorsqu’on détecte le cancer tardivement, il évolue vers des complications graves appelées métastases, souvent difficiles à traiter », a-t-il expliqué. Il invite particulièrement les hommes de 45 à 50 ans à effectuer des consultations régulières, même en l’absence de signes.

Parallèlement, une enquête menée auprès de plus de 600 participants – population générale, professionnels de santé et patients – a révélé un déficit important de connaissances sur le cancer de la prostate et une faible culture du dépistage. Ces résultats ont permis d’orienter les actions futures.
Les travaux de l’atelier ont abouti à la validation d’une feuille de route couvrant la période 2026-2032. Celle-ci prévoit notamment le renforcement de la sensibilisation communautaire, l’intégration du dépistage dans les soins de santé primaires, ainsi que l’amélioration du système de référence des patients.

Pour les autorités sanitaires, cette feuille de route constitue un levier stratégique majeur dans la lutte contre les maladies non transmissibles. Elle s’inscrit pleinement dans les priorités nationales visant à réduire la mortalité évitable.
Aujourd’hui, une nouvelle dynamique est enclenchée. Entre engagement politique, coopération internationale et mobilisation des professionnels de santé, la Côte d’Ivoire pose les bases d’une réponse plus efficace face au cancer de la prostate.
Le message est clair : détecter tôt, c’est sauver des vies.









