Du 7 au 9 mai 2026, Ouagadougou a accueilli la troisième édition de Pharma Expo BF, le Salon international de la pharmacie et de la parapharmacie. Placée sous le thème de l’accès aux médicaments essentiels et de la lutte contre les médicaments de qualité inférieure, cette rencontre a réuni autorités publiques, pharmaciens, industriels, distributeurs, partenaires techniques et délégations venues de plusieurs pays africains. La Côte d’Ivoire y était représentée par une délégation de pharmaciens conduite par le Dr Arouna Diarra, past-président de l’Ordre national des pharmaciens de Côte d’Ivoire.
Ouagadougou — L’accès aux médicaments essentiels et la lutte contre les médicaments de qualité inférieure et falsifiés demeurent deux urgences majeures pour les systèmes de santé africains. C’est autour de ces enjeux que s’est tenue, du 7 au 9 mai 2026, la troisième édition de Pharma Expo BF, un rendez-vous devenu progressivement un espace de dialogue, de coopération et de réflexion stratégique pour les acteurs du secteur pharmaceutique.
Organisé à Ouagadougou, ce salon international de la pharmacie et de la parapharmacie a réuni des professionnels de santé, des industriels pharmaceutiques, des distributeurs, des chercheurs, des autorités sanitaires, des partenaires techniques et financiers ainsi que des investisseurs venus du Burkina Faso et d’autres pays. Près de 1 500 participants issus de 11 pays ont pris part à cette édition.

Au cœur des échanges : une préoccupation simple, mais vitale. Comment garantir aux populations l’accès à des médicaments sûrs, efficaces, disponibles et financièrement accessibles ? Une question qui dépasse le seul cadre burkinabè et rejoint les préoccupations de nombreux pays africains confrontés aux ruptures, aux circuits informels, à la dépendance aux importations et à la circulation de produits médicaux de qualité douteuse.
À l’ouverture des travaux, le ministre burkinabè de la Santé, Dr Robert Lucien Jean-Claude KARGOUGOU, a rappelé la gravité de la menace. Pour lui, les médicaments de qualité inférieure et falsifiés constituent un danger sanitaire majeur. Ces produits, qui circulent dans plusieurs pays africains, peuvent être à l’origine de résistances aux traitements, d’aggravation des maladies, voire de décès évitables. Le ministre a également souligné que la sécurité pharmaceutique est une priorité stratégique pour le Burkina Faso, notamment à travers le renforcement de la régulation, du contrôle du marché, de la disponibilité des produits de santé et de la promotion de la production locale.

Pour le Dr Lassané Zongo, commissaire général de Pharma Expo BF, l’enjeu est également structurel. Améliorer l’accès au médicament suppose de travailler à la fois sur la production, les circuits de distribution, les partenariats et l’innovation. Durant les trois jours du salon, panels, ateliers de formation continue, rencontres B2B et espaces d’exposition ont permis aux participants de partager leurs expériences et de réfléchir à des solutions concrètes pour renforcer la chaîne pharmaceutique.

La question de la souveraineté pharmaceutique a fortement marqué cette édition. Présent à la cérémonie d’ouverture, le Dr Ousmane BOUGOUMA, président de l’Assemblée législative du peuple, a insisté sur la nécessité pour le Burkina Faso de développer une industrie pharmaceutique locale afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des importations. Il a également appelé à une synergie entre la pharmacie moderne et la pharmacopée traditionnelle, dans une perspective de production de solutions adaptées aux réalités nationales.

Cette orientation traduit une ambition plus large : faire du médicament un levier de souveraineté sanitaire, économique et scientifique. Dans un contexte où les pays africains cherchent à renforcer leur autonomie dans les secteurs stratégiques, la pharmacie apparaît comme un domaine prioritaire. Produire localement, mieux contrôler les circuits, sécuriser l’approvisionnement et encourager l’innovation ne relèvent plus seulement de la politique sanitaire ; ce sont désormais des enjeux de développement.
La République populaire de Chine était le pays invité d’honneur de cette troisième édition. Son ambassadeur au Burkina Faso, Zhao DEYONG, a salué le choix de son pays et réaffirmé la disponibilité de la Chine à accompagner le Burkina Faso dans les domaines pharmaceutique et sanitaire. Cette présence illustre l’importance croissante des coopérations internationales dans la construction de systèmes pharmaceutiques plus résilients.

La Côte d’Ivoire a également marqué sa présence à Ouagadougou à travers une délégation de pharmaciens conduite par le Dr Arouna Diarra, past-président de l’Ordre national des pharmaciens de Côte d’Ivoire. Cette participation ivoirienne traduit l’intérêt des pharmaciens de la sous-région pour les grands enjeux communs du secteur : accès aux médicaments, sécurisation des circuits, coopération professionnelle, innovation et renforcement des capacités.

Au-delà des conférences institutionnelles, Pharma Expo BF a aussi été un espace de partage d’expériences entre organisations professionnelles. La COPHARM Mutuelle, représentée par sa présidente, le Dr ATSEPO DIADIOU, a partagé son expérience avec les responsables de mutuelles de pharmaciens venues d’autres pays présents à l’événement. Cette dimension mutualiste rappelle que l’organisation économique et sociale des pharmaciens est aussi un levier important pour renforcer la profession, soutenir ses membres et créer des mécanismes de solidarité adaptés aux réalités du terrain.

Pour les pharmaciens ivoiriens, cette participation représente également une occasion de veille stratégique. Dans un secteur en pleine transformation, où les attentes des populations évoluent et où les défis sanitaires deviennent de plus en plus complexes, les espaces comme Pharma Expo BF permettent d’observer les innovations, de nouer des partenariats, de comparer les modèles et d’identifier des pistes de collaboration sous-régionale.

La troisième édition de Pharma Expo BF confirme ainsi une tendance forte : la pharmacie africaine ne peut plus se limiter à la dispensation du médicament. Elle est désormais appelée à jouer un rôle central dans la sécurité sanitaire, la prévention, l’éducation des populations, la structuration des circuits d’approvisionnement, la production locale et la lutte contre les produits médicaux dangereux.
À Ouagadougou, le message a été clair : garantir l’accès à des médicaments de qualité n’est pas seulement une question technique. C’est une responsabilité collective. Elle engage les États, les pharmaciens, les industriels, les distributeurs, les régulateurs, les partenaires et les organisations professionnelles.
Et pour l’Afrique, le défi est immense, mais l’ambition est désormais posée : construire une souveraineté pharmaceutique capable de protéger les populations, de renforcer les systèmes de santé et de faire du médicament de qualité un droit réel, et non un privilège.








