Elle s'appelle Adjoua, ou Mariama, ou Yao. Elle accouche dans une maternité de Korhogo, de Bouaké, ou d'un quartier populaire d'Abidjan. Et si une sage-femme est là, à ses côtés, formée et bien équipée, ses chances de survivre à cet accouchement sont radicalement différentes. C'est pour ces femmes-là, anonymes et invisibles dans les grands forums internationaux, que le ministre ivoirien de la Santé, Pierre Ngou Dimba, a pris la parole ce mardi 19 mai à Genève, en marge de la 79e Assemblée mondiale de la Santé.

« J'ai pris plaisir à participer »
La salle n'était pas ordinaire. Autour de la table, plusieurs ministres de la Santé venus du Cameroun, du Népal, de l'Éthiopie, du Malawi, de la Tanzanie et du Bangladesh. Face à eux, des experts mondiaux, des représentants de l'UNICEF, de l'UNFPA, de l'OMS, de l'UNITAID, de Jhpiego et de la Confédération Internationale des Sages-Femmes. L'événement avait été organisé par le Midwifery Accelerator une coalition mondiale qui milite pour que la sage-femme redevienne ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : le pilier central de la santé maternelle et néonatale.
Pierre Ngou Dimba n'a pas manqué l'occasion. « J'ai pris plaisir à participer ce mardi 19 mai à un side event ministériel de haut niveau organisé par le Midwifery Accelerator », a-t-il déclaré, dans un message partagé depuis Genève. Une formule simple, mais qui dit quelque chose d'essentiel : pour le ministre ivoirien, être là n'était pas une obligation protocolaire. C'était un choix.

La sage-femme : un investissement, pas un coût
Au cœur des débats, une évidence que le monde met trop longtemps à traduire en actes : investir dans les sages-femmes est l'une des décisions les plus rentables qu'un gouvernement puisse prendre en matière de santé. Les chiffres sont édifiants. Des sages-femmes correctement formées et déployées peuvent assurer 90 % des services essentiels de santé sexuelle, reproductive, maternelle, néonatale et adolescente. Une couverture universelle de ces soins permettrait d'éviter près des deux tiers des décès maternels et néonatals dans le monde soit plus de 4,3 millions de vies sauvées par an d'ici 2035, nous revèle la plateforme Midwifery Accelerator.
Et pourtant. Malgré ces chiffres, malgré ces preuves, le monde fait toujours face à une pénurie de 900 000 sages-femmes. Elles ne représentent que 10 % du personnel mondial dédié à la santé reproductive. Le sous-financement, la médicalisation excessive, les inégalités de genre dans les systèmes de santé : les obstacles sont connus, documentés, et obstinément persistants.
C'est précisément pour les lever que le Midwifery Accelerator a été créé. Une coalition réunissant les agences onusiennes, les gouvernements, la société civile, le monde académique et le secteur privé, structurée autour de trois piliers bien mis en évidence dans leur documentaion : s'engager et investir, former, déployer et fidéliser, plaider et autonomiser.

L'exemple ivoirien au cœur des échanges
Dans ce concert de voix ministérielles, Pierre N'Gou Dimba a porté haut l'expérience de la Côte d'Ivoire. Pas pour se féliciter, mais pour partager avec la modestie de celui qui sait que le chemin est encore long, et l'ambition de celui qui mesure la distance déjà parcourue.
Il a évoqué les réformes engagées par le gouvernement ivoirien : la gratuité ciblée des soins de la mère et de l'enfant, la mise à disposition de médicaments essentiels, de kits de prise en charge et de produits sanguins dans les maternités, le renforcement des infrastructures sanitaires à travers le pays. Surtout, il a mis en lumière ce qui constitue peut-être le levier le plus déterminant : la formation et le recrutement massif de sages-femmes et de personnels de santé.
Les résultats sont là. La Côte d'Ivoire a enregistré une réduction significative de la mortalité maternelle, une amélioration de l'accès aux soins obstétricaux sur l'ensemble du territoire, et un renforcement des mécanismes de surveillance et de prise en charge des complications liées à la grossesse et à l'accouchement.
Un message aux partenaires internationaux
Mais le ministre n'est pas venu à Genève seulement pour raconter. Il est aussi venu pour interpeller. Au fil des échanges, Pierre N'Gou Dimba a réaffirmé avec clarté une position que de nombreux pays africains portent depuis longtemps sans toujours se faire entendre : les financements mondiaux de la santé doivent s'aligner davantage sur les priorités définies par les États.
« J'ai réaffirmé la nécessité pour les partenaires internationaux d'aligner davantage les financements mondiaux de la santé sur les priorités définies par les États afin de garantir des investissements plus cohérents, plus efficaces et mieux adaptés aux réalités nationales », a-t-il indiqué.

Un appel à la cohérence, à l'humilité des bailleurs, à une coopération qui respecte les stratégies nationales plutôt que de les contourner. Un message que les couloirs de la diplomatie sanitaire internationale connaissent bien, mais qui mérite d'être répété, inlassablement, jusqu'à ce qu'il soit vraiment entendu.
Pour que chaque naissance soit un moment de vie
La 79e Assemblée mondiale de la Santé, qui a débuté lundi 18 mai à Genève, réunit les délégations de 194 États membres de l'OMS autour des grands enjeux sanitaires mondiaux. Dans ce forum de hauts fonctionnaires et de technocrates, le side event du Midwifery Accelerator avait quelque chose d'inhabituel : il ramenait la discussion à ce qu'elle devrait toujours être une femme, une salle d'accouchement, deux mains expertes pour l'accompagner.
Le patron du département santé du gouvernement ivoirien est reparti de cette table ronde avec, sans doute, des engagements à construire et des partenariats à renforcer. Mais aussi avec la certitude que la Côte d'Ivoire, en choisissant d'investir dans ses sages-femmes, a choisi le bon côté, celui de la vie.








