C'est Olivier Dindi, chargé de communication au Programme national de santé de la mère et de l'enfant (PNSME), qui ouvre le bal des présentations, avant de laisser la parole aux hôtes du jour. Le docteur Assi Constantin, médecin-chef du centre, souhaite d'abord la bienvenue avec fierté : « La planification familiale fait partie de nos activités majeures », lance-t-il, promettant à l'assistance « l'effectivité de nos activités concernant la planification familiale et la prévention notamment des grossesses en milieu scolaire est visible ».

Une histoire née à Ouagadougou en 2011
Mme Ba Marie la Directrice Executive de L’UCPO prend ensuite le micro pour retracer l'histoire du Partenariat. Tout commence en février 2011, à Ouagadougou, lors d'une conférence régionale sur la population, le développement et la planification familiale : neuf gouvernements d'Afrique de l'Ouest francophone, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo, décident d'unir leurs efforts pour accélérer l'accès à la planification familiale. Depuis 2012, c'est l'UCPO, basée à Dakar, qui coordonne l'action entre gouvernements, bailleurs, société civile et jeunesse dans les neuf pays.

L'ambition affichée est claire : doubler le nombre d'utilisatrices de méthodes contraceptives modernes pour atteindre 13 millions de femmes d'ici 2030, soit 6,5 millions d'utilisatrices supplémentaires à conquérir dans les neuf pays du Partenariat. Pour y parvenir, la nouvelle stratégie du PO s'articule autour de quatre piliers, le leadership politique et l'appropriation nationale, la planification familiale dans les contextes fragiles et humanitaires, l'engagement des jeunes, et la mobilisation des ressources domestiques, complétés par deux volets transversaux consacrés à l'équité et à la production de données probantes.

Quinze ans après sa création, le bilan cumulé du Partenariat, de 2011 à 2025, parle de lui-même : environ 30,3 millions de grossesses non désirées évitées, près de 8,9 millions d'avortements à risque évités, et environ 1,8 million de décès maternels évités dans les neuf pays membres. Des chiffres que Mme Ba n'a pas manqué de rappeler avant de saluer, avec une fierté non dissimulée, la trajectoire ivoirienne : « La Côte d'Ivoire a engrangé des résultats très significatifs et même un des fers de lance du partenariat de Ouagadougou en termes d'indicateurs », affirme-t-elle, citant la politique de gratuité de la planification familiale, initiée pour les jeunes dès 2019 puis étendue à toute la population.

Mme BA MArie DE de UCPO
Visite immersive, unité par unité
Entre 10h20 et 11h20, la presse et les experts se sont immergés dans les différentes unités du centre, guidé par le docteur Assi. Consultation, planning familial, cellule d'écoute sociale : chaque service a été passé au crible, permettant aux journalistes de « toucher du doigt » le travail quotidien des équipes. Le docteur Assi en dévoilera les contours plus tard dans un échange : le centre accueille entre 50 et 60 visiteurs par jour en période scolaire, contre 30 à 40 pendant les vacances, pour un public âgé de 12 à 25 ans, pris en charge par 19 agents.

Personnel soignant du SSSU- Marcory
Le docteur Boni Gnami Marie, chef de service prévention au Programme national de santé scolaire et universitaire, resitue Marcory dans un dispositif plus large : rien qu'à Abidjan, une douzaine de centres partagent le même mandat. Sa stratégie phare ? L'éducation complète à la sexualité, qui « permet aux adolescents et jeunes d'avoir une sexualité responsable » et de « savoir dire non face aux prédateurs sexuels ». Un travail mené en lien avec les agents de santé communautaire, qui font la passerelle entre le centre et les familles.
Du côté du ministère de la Santé, Dr Bamba Fatimata, directrice coordinatrice du PNSME, rappelle que l'engagement ivoirien ne date pas d'hier : dès 1954 avec les médico-scolaires, puis en 2002 avec la création d'un programme national dédié aux adolescents et jeunes. Elle reconnaît toutefois une réalité qui inquiète : « Il y a eu une recrudescence » des grossesses en milieu scolaire, même si « les jeunes viennent de plus en plus s'occuper de leur santé sexuelle et reproductive », un mouvement porté aujourd'hui par plus de 110 services scolaires et universitaires à travers le pays.

Cap sur 2030
Après la visite, place aux échanges avec la presse, de 11h20 à 12h, avant la collation offerte par un partenaire. C'est là que Mme Ba livre ses conclusions : la gratuité, dit-elle, est « une décision courageuse » qui doit encore gagner en effectivité, notamment pour que « le coût ne soit pas une barrière ». Elle plaide pour la multiplication des centres à la Marcory sur tout le territoire, et surtout pour une bascule vers le financement domestique, alors que l'aide extérieure se raréfie : « Il faut qu'on ait cette souveraineté, nous, au niveau de chacun de nos pays, de vraiment pouvoir faire en sorte d'augmenter non seulement l'impact de la dépense publique actuelle pour la santé et la santé de la reproduction, mais aussi augmenter les ressources qui sont disponibles pour la planification familiale, et de pouvoir augmenter la part et la contribution de l'État pour la planification familiale et la santé de la mère et de l'enfant. »

Quinze ans après sa naissance à Ouagadougou, le Partenariat entend ainsi ne pas s'arrêter à mi-chemin en 2026 : l'horizon reste fixé à 2030. Pour l'UCPO, la Côte d'Ivoire demeure la preuve vivante qu'une politique volontariste, portée par le terrain et incarnée par des centres comme celui de Marcory, peut changer durablement la vie des femmes et des jeunes de toute une région.
Edithe Valerie Nguekam à Marcory.





