Derrière ce nom institutionnel se cache un enjeu vital : doter près de seize pays de la Communauté d'un cadre commun capable d'anticiper, détecter et contenir les crises sanitaires avant qu'elles ne débordent les frontières.
Un continent qui n'a plus droit à la surprise
En ouvrant les travaux, ce mardi, le Directeur Exécutif du CRSCM Dr Mamadou Diarrassouba a rappelé que la région a été « durement éprouvée » ces dernières années par l'épidémie d'Ebola, la pandémie de COVID-19, la Mpox, ainsi que par des flambées récurrentes de fièvre jaune, de méningite, de choléra, de rougeole et de fièvres hémorragiques virales, sans compter les risques émergents liés aux zoonoses et au changement climatique. Ces crises, a-t-il souligné, ont révélé à la fois les vulnérabilités du système régional et sa capacité de résilience et de coopération.

Dr Mamadou Diarrasabouba DE CRSCM
Le futur plan entend justement transformer cette expérience en méthode : harmoniser la surveillance et l'alerte précoce, mutualiser les laboratoires et les équipes d'intervention rapide, intégrer l'approche « Une seule santé » qui relie santé humaine, animale et environnementale, et consolider le rôle du CRSCM comme plateforme régionale de coordination.
Représentant le ministre ivoirien de la Santé, de l'Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, le Directeur Général de la Santé Professeur Mamadou Samba a salué à son tour une rencontre « à portée stratégique », insistant sur la cohérence du futur document avec les priorités nationales et le Règlement Sanitaire International, sur le réalisme des choix opérationnels et sur la nécessité d'un chiffrage crédible pour mobiliser les financements.
Cinq piliers pour bâtir une riposte commune
Président du Comité consultatif technique des centres régionaux de surveillance, Dr Papa Samba Dieye, Directeur du Centre des opérations d'urgence sanitaire du Sénégal, a détaillé l'architecture du futur plan. Celui-ci s'articule autour de piliers structurants : la surveillance et l'alerte précoce, la communication avec les communautés, le développement des ressources humaines d'urgence, et le renforcement des capacités de laboratoire pour accélérer la confirmation des cas, autant de briques appelées à former un cadre stratégique commun et un guide opérationnel pour chaque État membre.
Pour le Docteur Mamadou Diarrassouba, expert du dispositif régional, l'urgence est ailleurs : dans la mobilité des populations et des biens, qui rend illusoire toute frontière sanitaire étanche. « On ne peut pas s'opposer au mouvement des populations », a-t-il rappelé, plaidant pour un document-cadre permettant à chaque pays de s'aligner sur des directives communes, en y intégrant la dimension animale et environnementale des maladies émergentes. Son objectif est limpide : que la région « ne soit plus surprise » par les épidémies, grâce à une détection précoce portée aussi bien par les corps médicaux que par les relais communautaires.
Le Professeur Mamadou Bamba, Directeur Général de la Santé de Côte d'Ivoire, a pour sa part insisté sur l'équilibre délicat entre réponse régionale et souveraineté nationale : « Chaque pays perd son originalité » si l'on traite l'épidémie de manière trop globale, a-t-il averti, appelant à un document suffisamment souple pour épouser les spécificités des douze, bientôt seize, pays de la zone, tout en mutualisant les ressources rares en hommes, en laboratoires et en vaccins.

Concrètement, pendant les quatre journées de travaux les participants vont alternéer présentations techniques, analyse SWOT et ateliers de groupe consacrés à la révision des piliers stratégiques, avant une session plénière de validation formelle le troisième jour, puis l'adoption officielle du document le 21 août. Une feuille de route pour sa finalisation, son adoption politique par les instances de la CEDEAO et sa diffusion dans les États membres sera arrêtée à l'issue de la rencontre.

Portée par l'OOAS et le CRSCM, appuyée par des partenaires comme la GIZ, Africa CDC, l'UKHSA ou Resolve to Save Lives, cette démarche illustre une conviction largement partagée à Abidjan : la sécurité sanitaire n'est pas une dépense, mais un investissement, celui de la stabilité sociale et de l'intégration régionale ouest-africaine pour les cinq années à venir.





