« Dédramatisons la notion de nucléaire : la médecine nucléaire, c’est de la haute technologie au service du bien-être, accessible même au nouveau-né. » – Pr KOUAME Koutouan Annick Directrice de l’Institut de Médecine Nucléaire d’Abidjan (IMENA)
Loin des idées reçues et des peurs infondées autour du mot "nucléaire", une véritable avancée médicale est en train de transformer discrètement le paysage de la santé en Côte d’Ivoire. À l’Institut de Médecine Nucléaire d’Abidjan (IMENA), l’innovation s’allie à la rigueur scientifique pour offrir aux patients des diagnostics d’une précision inégalée et des traitements ciblés, notamment contre les cancers, les maladies thyroïdiennes, rénales et même cardiaques.
Dans un entretien exclusif, la directrice de l’IMENA nous ouvre les portes d’un univers fascinant, où technologie de pointe et vision humaniste se conjuguent pour renforcer l’accessibilité aux soins, former une nouvelle génération de spécialistes, et faire rayonner l’excellence médicale ivoirienne bien au-delà d’Abidjan.

Professeure, depuis la création de l’Institut de Médecine Nucléaire d’Abidjan, quel bilan général pouvez-vous dresser en termes de réalisations, de fréquentation et d'impact sur le système de santé en Côte d’Ivoire ?
Absolument, tout le monde est rassuré, aussi bien les patients que les professionnels de santé. Depuis la mise en place de l'Institut, les réalisations sont nombreuses. Nous avons permis de poser des diagnostics précoces et précis sur des pathologies variées, réduisant ainsi les évacuations sanitaires hors du pays. L'impact est réel sur le système de santé, notamment en matière de prise en charge locale.
Quelles sont les principales avancées technologiques et innovations introduites par l’Institut ces dernières années, notamment en matière de diagnostic et de traitement des maladies comme le cancer ou les pathologies thyroïdiennes ?
La médecine nucléaire est une passion pour moi, car elle permet un diagnostic extrêmement précis. Au-delà du cancer et des pathologies thyroïdiennes, nous intervenons sur de nombreuses autres affections : infarctus du myocarde, embolies pulmonaires, maladies rénales, épilepsie, Alzheimer, etc. La spécificité de notre technologie réside dans sa capacité à observer non seulement la morphologie, mais surtout le métabolisme des organes. Par exemple, nous pouvons détecter un rein morphologiquement présent mais dysfonctionnel, ce qu’aucune autre imagerie classique ne permet.
La formation du personnel est un pilier essentiel pour ce domaine pointu : quel dispositif avez-vous mis en place pour renforcer les compétences locales en médecine nucléaire, et collaborez-vous avec des structures internationales ?
Nous avons mis en place un plan rigoureux de formation locale pour constituer un vivier solide de professionnels. Cette formation touche autant les médecins que les techniciens. Nous préparons déjà le personnel pour les futurs centres prévus à Grand-Bassam et à Bouaké. Nos collaborations avec les structures internationales appuient également ce transfert de compétences.

Madame la Directrice, comment évaluez-vous l'engouement des patients et des professionnels de santé vis-à-vis de la médecine nucléaire, et quelles sont les pathologies les plus couramment prises en charge ?
L'engouement est grandissant. Les médecins prescripteurs sont de plus en plus nombreux à adresser des patients à l'IMENA. Outre les cancers et les maladies thyroïdiennes, nous prenons en charge les pathologies cardiaques, rénales, pulmonaires, osseuses et neurologiques. Nous pouvons même intervenir chez les nouveau-nés grâce à la très faible dose d'irradiation utilisée.
La dernière fois, nous avons échangé avec l'un des cadres de votre maison qui nous a parlé des pathologies que vous soignez ici, les cancers et la thyroïde. Est-ce qu'à part ces deux maladies, on ne peut pas soigner autre chose avec la radioactivité ?
Vous savez, si on doit parler de la médecine nucléaire, 10 minutes, 30 minutes, ça ne suffit pas. Il faut des jours et des jours pour parler de la médecine nucléaire parce que c'est une véritable passion. C'est quelque chose de tellement intéressant tout simplement parce que ça permet de diagnostiquer de nombreuses maladies.
Il n'y a pas que le cancer, il y a les maladies cardiaques, c'est-à-dire tout ce qui est infarctus tout de suite. La médecine nucléaire peut déceler l'infarctus à temps précoce, de manière précise, vous voyez, et de manière très précoce, l'infarctus. Quelqu'un qui a mal à la poitrine arrive, le médecin, alors il faut tout de suite que je signale que la médecine nucléaire ne sont autorisées à venir ici que les patients qui ont été, donc les médecins ont demandé cet examen précis en médecine nucléaire.

Un patient ne peut pas se lever et venir ici demander, non, non, ce n'est pas possible. Et donc les médecins savent que pour un, je parlais des maladies cardiaques, lorsque quelqu'un qui a juste mal à la poitrine, parce que la maladie cardiaque peut venir aussi souvent même par le mal de la poitrine, et tout de suite le médecin qui sait maintenant qu'on réalise de la médecine nucléaire ici, automatiquement va demander cet examen et tout de suite on va dire si son malade fait son infarctus ou pas. Vous voyez que ce n'est pas mauvais.
Il y a aussi des embolies pulmonaires, ce sont des maladies cardiaques aussi qui sont détectées très rapidement par la médecine nucléaire. Il y a les maladies rénales, vous savez que c'est des circonstances rénales. La spécificité, ça il faut que je le signale, de la médecine nucléaire, c'est d'aller voir comment fonctionne l'organisme

Les enfants peuvent aussi recevoir ce traitement ?
La dose d'irradiation est tellement faible qu'on peut l'injecter, on peut l'utiliser chez le nouveau-né. Du nouveau-né jusqu'à tous les âges extrêmes. Du nouveau-né jusqu'au patient le plus âgé. Donc il n'y a pas de restriction. La seule restriction, et là encore, c'est vraiment entre guillemets, c'est la femme enceinte. On se dit qu'on ne sait pas, il n'y a pas suffisamment d'études. Mais on sait que même si on l'injecte à une femme enceinte, il n'y aura rien, mais on ne sait pas. On préfère pour protéger le fœtus, on préfère demander à une femme si elle est enceinte, alors on va la mettre un peu de côté. Mais si ça demande effectivement qu'il faut vraiment faire cet examen, alors on va le faire.
Professeure, quelles sont vos ambitions et perspectives pour l’avenir de l’Institut, tant sur le plan de l’accessibilité des soins que de la recherche ou de l’extension des services offerts à la population ivoirienne ?
Nos ambitions sont grandes et partagées avec notre Ministre de la Santé, M. Pierre Dimba. En plus de notre site principal, deux nouveaux centres sont prévus à Grand-Bassam et Bouaké. L'accessibilité financière a été une priorité : les prix pratiqués sont largement en dessous des tarifs classiques pour les mêmes examens ailleurs. Par exemple, la scintigraphie thyroïdienne est à 30 000 FCFA, celle de l’os à 75 000 FCFA, la cardiaque à 75 000 FCFA, la rénale à 45 000 FCFA, la pulmonaire à 55 000 FCFA.
Nous préparons aussi l’intégration du PET-scan avec cyclotron, une technologie hybride de pointe, qui permettra la production locale des traceurs radioactifs. Nous n’attendons que le soutien final pour concrétiser ce projet.
Des difficultés rencontrées ? Le principal défi reste le manque d'équipements. Actuellement, une seule gamma-caméra dessert toute la Côte d’Ivoire, ce qui est insuffisant pour 30 millions d’habitants. Heureusement, une deuxième est attendue très prochainement grâce à l’engagement du ministère.

Votre mot de fin Madame la Directrice générale …
Je voudrais rassurer la population : la médecine nucléaire est sans danger. La radioactivité médicale est contrôlée, à très faible dose. Nous utilisons des produits sûrs, injectables même chez les nourrissons. La peur du mot « nucléaire » est souvent liée au domaine militaire, mais ici il s'agit d'une science au service de la vie et du bien-être. Nous remercions les autorités pour leur vision et leur soutien, et nous continuerons à oeuvrer pour une santé plus accessible et plus précise pour tous les Ivoiriens.
Interview réalisée par Edithe Valerie Nguekam









