Aux portes d’Abidjan, la commune d’Anyama-Adjamé s’impose comme l’un de ces territoires où se croisent à la fois urbanisation rapide, dynamiques communautaires fortes et défis sanitaires persistants. Située dans le district sanitaire d’Anyama, cette zone périurbaine concentre une population jeune, exposée aux réalités quotidiennes d’un système de santé en pleine transformation. C’est dans ce contexte que, samedi dernier, la commune a accueilli une cérémonie d’envergure à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, transformant l’espace public en tribune de mobilisation nationale.
Dès les premières heures de la matinée, autorités administratives, acteurs du système de santé, partenaires techniques et financiers, leaders communautaires et populations locales ont convergé vers le site de la célébration. L’ambiance, à la fois solennelle et engagée, traduisait une volonté commune : faire du paludisme un souvenir lointain à l’horizon 2030. Sur les visages comme dans les discours, un même mot d’ordre : accélérer.

Au cœur de cette rencontre, les chiffres ont rappelé l’ampleur du défi. En Côte d’Ivoire, le paludisme demeure un problème majeur de santé publique. Il représente environ 30 % des motifs de consultation dans les structures sanitaires et reste la première cause de morbidité chez les enfants de moins de cinq ans. En 2025, 1 027 décès ont été enregistrés dans la population générale, dont 802 chez les enfants de moins de cinq ans, soit près de trois décès par jour, parmi lesquels deux concernent des enfants . Des données lourdes de sens, qui rappellent que derrière les statistiques, ce sont des vies qui basculent.

Prenant la parole, le Dr Tanoh Mea Antoine, Directeur coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme, a dressé un état des lieux sans détour. Pour lui, la lutte contre le paludisme ne peut se gagner sur un seul front. Elle repose sur une stratégie globale, combinant prévention, prise en charge, innovation et engagement communautaire. Distribution massive de moustiquaires imprégnées, lutte anti-larvaire avec recours aux nouvelles technologies comme les drones, traitement préventif chez les femmes enceintes, chimio-prévention saisonnière chez les enfants et introduction du vaccin antipaludique : l’arsenal est désormais diversifié.
Mais au-delà des outils, c’est l’appropriation par les populations qui demeure le véritable levier de succès. « La lutte contre le paludisme n’est pas seulement l’affaire du ministère ou du programme national, elle est celle de tous », a-t-il insisté, appelant à une mobilisation collective et durable.

Un message renforcé par l’intervention du ministre de la Santé publique, Pierre N’Gou Dimba, qui a salué la forte mobilisation des acteurs présents à Anyama-Adjamé. Pour lui, le thème de cette 19ᵉ édition « Mettre fin au paludisme : maintenant c’est possible. Agissons maintenant » marque un tournant décisif. Il ne s’agit plus seulement de contrôler la maladie, mais bien de l’éliminer.
Les progrès enregistrés ces dernières années viennent nourrir cet espoir. Le taux d’utilisation des moustiquaires imprégnées est passé de 68 % en 2021 à plus de 81 % en 2025, tandis que le nombre de décès a connu une baisse significative, passant de 1 534 en 2022 à 1 027 en 2025 . Des avancées rendues possibles grâce à des interventions à fort impact, notamment la chimio-prévention saisonnière, qui protège chaque année plus de trois millions d’enfants, et l’introduction du vaccin antipaludique à grande échelle.

Dans cette dynamique, la Côte d’Ivoire vient de franchir une nouvelle étape avec l’élaboration de son Plan stratégique national d’élimination du paludisme 2026-2030. Une feuille de route ambitieuse, alignée sur les objectifs internationaux, qui vise à intensifier les actions tout en consolidant les acquis.
Cependant, les défis restent nombreux. L’accès équitable aux soins, l’assainissement du cadre de vie, la sensibilisation continue des populations et la mobilisation des ressources demeurent des enjeux majeurs. Le paludisme, au-delà de son impact sanitaire, constitue également un frein au développement économique et social du pays.
À Anyama-Adjamé, le message est passé avec force : la bataille contre le paludisme est à un tournant. Entre avancées scientifiques, volonté politique affirmée et engagement communautaire, les conditions semblent réunies pour envisager une victoire. Mais une victoire qui ne pourra être atteinte qu’au prix d’un effort collectif constant.

Alors que les voix s’élevaient pour appeler à un « sursaut patriotique », une certitude s’imposait : la lutte contre le paludisme ne se joue pas uniquement dans les hôpitaux ou les laboratoires, elle se gagne aussi dans les foyers, dans les habitudes quotidiennes, et dans la capacité de chacun à faire de la prévention un réflexe.
À Anyama-Adjamé, samedi dernier, ce combat a pris un visage humain. Celui d’une nation en marche vers un objectif ambitieux, mais désormais assumé : une Côte d’Ivoire sans paludisme.









