Depuis le 6 novembre 2025, la Côte d’Ivoire est engagée à Belém dans l’une des conférences climatiques les plus décisives de la décennie. À l’occasion de la 30ᵉ Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP30), la délégation ivoirienne, conduite par le Ministre Assahoré Konan Jacques, affiche clairement son cap : mobiliser les financements, renforcer la résilience, restaurer les forêts, valoriser le marché carbone et accélérer la transition vers un développement bas carbone et inclusif. Dans un contexte où le Brésil veut faire de cette édition la « COP de la Vérité », l’ambition ivoirienne se veut tout aussi claire : concrétiser ses nouveaux engagements climatiques (CDN 3.0) et porter une voix forte sur les enjeux forêt, agriculture, financements et adaptation.
Des CDN 3.0 plus ambitieuses : -33,07 % d’émissions d’ici 2035
La Côte d’Ivoire a officiellement soumis ses nouvelles Contributions Déterminées au niveau National (CDN 3.0) le 29 novembre 2025, à l’occasion du 10ᵉ anniversaire de l’Accord de Paris.
Ces engagements portent désormais l’ambition nationale à une réduction de 33,07 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035.
Présentés lors d’un side-event le 12 novembre par Dr Éric-Michel Assamoi, ces CDN 3.0 mettent l’accent sur :
- l’atténuation dans l’énergie, les transports, l’industrie et les déchets ;
- l’adaptation dans l’agriculture, les forêts, les infrastructures et la santé ;
- la mobilisation de financements internationaux (Fonds Vert, Fonds pour les pertes et dommages, secteur privé).
« L’atteinte de nos objectifs dépendra directement de notre capacité à capter les financements internationaux », a insisté Dr Assamoi.
Financements : une priorité stratégique pour Abidjan
Dès l’ouverture officielle le 10 novembre, Léon Kacou Adom, Chef de la délégation ivoirienne, a posé le décor :
« La mobilisation des financements fait partie des priorités absolues de la Côte d’Ivoire ».
Les négociations de Belém visent à mobiliser 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour soutenir l’action climatique des pays en développement.
Parmi les instruments clés, la Côte d’Ivoire compte s’appuyer sur :
- le Tropical Forest Forever Facility (TFFF) : 125 milliards de dollars,
- les mécanismes de « dettes contre nature »,
- le Mécanisme de financement de l’adaptation (ABM),
- les obligations vertes,
- le marché carbone.
Le pays a d’ailleurs présenté un portefeuille de projets verts destiné aux bailleurs, couvrant énergie solaire, agroforesterie, circularité et conservation.
Marché carbone : un accord majeur de 2 millions de tonnes CO₂
Moment phare de la COP30, Le 13 novembre 2025, la Côte d’Ivoire et la plateforme Emergent ont signé un accord d’achat d’environ 2 millions de tonnes d’équivalent CO₂ issues du Projet de Réduction des Émissions (PRE) autour du Parc National de Taï.
Selon Parfait Kouadio, Directeur de Cabinet du ministre :« Cet accord illustre la crédibilité de la Côte d’Ivoire sur le marché carbone international ».
Pour Eron Bloomgarden, PDG d’Emergent :« Ce partenariat renforcera les efforts mondiaux de réduction des émissions et soutiendra les communautés locales ».
Deux panels ont précédé la signature, mettant en relief :
- l’expérience ivoirienne en marché carbone,
- les synergies entre conservation des parcs nationaux et développement rural (Projet Agroforesterie Comoé).
Résilience cacao : innovations pour protéger un secteur vital
La filière cacao, pilier de l’économie ivoirienne, fait face à un triple défi : déforestation, stress hydrique et baisse de rendements.Lors du panel du 13 novembre, Dr Tahi Mathias (Conseil du Café-Cacao) a présenté plusieurs innovations :
Innovations agronomiques
- agroforesterie et plantations ombragées ;
- irrigation raisonnée ;
- matériel végétal résilient aux fortes températures ;
- gestion durable des sols ;
- biochar issu des résidus de cabosses ;
- mycorhizes, champignons améliorant la tolérance au stress hydrique.
Mécanismes de financement
Avec GGGI et CIFOR, la Côte d’Ivoire explore :
- le Mécanisme de financement de l’adaptation (ABM),
- les échanges « dette contre nature »,
- les paiements pour services environnementaux via le marché carbone.
Dr Tahi l’a rappelé : « L’adaptation de la cacao-culture nécessite une approche intégrée, combinant innovations, capacités, politiques et financements ».
Forêts : un programme national pour restaurer 20 % de couvert forestier
Lors du side-event du 12 novembre, Jean-Yves Kpalou, Coordonnateur du Programme de Restauration Durable des Forêts (PRDF-CI), a présenté :
Objectifs clés
- restaurer le couvert forestier à 20 % du territoire,
- reboisement massif,
- gestion durable de la biodiversité,
- implication forte des communautés locales.
Ce programme constitue le pilier forestier des CDN 3.0.
Pertes et Préjudices : une stratégie nationale de 303 millions USD
La Côte d’Ivoire fait partie des premiers pays africains à présenter une stratégie nationale sur les pertes et préjudices. Le panel du 13 novembre, animé par Patricia ALIKA DJETOUAN, a dévoilé : Montant global : 303 millions USD sur 5 ans
Priorités :
- modernisation des systèmes d’alerte précoce ;
- restauration des écosystèmes ;
- protection des ménages vulnérables ;
- cadre juridique national ;
- assurances climatiques ;
- partenariats publics–privés.
Issa Bado (OIF) a salué l’initiative :
« Votre stratégie est essentielle pour anticiper, mesurer et atténuer les impacts des catastrophes ».
Le Fonds de Réponse aux Pertes et Dommages dispose déjà de 250 millions USD, auxquels la Côte d’Ivoire compte accéder.
Mobilité verte : un secteur des transports en transformation
Les CDN 3.0 fixent des objectifs concrets à l’horizon 2035 :
- 60 % des véhicules importés conformes à la norme EURO 6,
- 12 % de véhicules électriques sur le parc national,
- développement massif de l’énergie solaire pour alimenter la mobilité verte.
Santé & climat : une adaptation centrée sur les populations
L’adaptation passe également par un système de santé renforcé :
- 90 % du territoire couvert par un système de surveillance épidémiologique,
- critères de résilience climatique intégrés dans 60 % des établissements de santé.
La santé devient l’un des nouveaux piliers de la politique climatique ivoirienne.
Une présence forte, une vision claire
Depuis le début de la COP30, la Côte d’Ivoire :
- multiplie panels, side-events et rencontres bilatérales ;
- met en avant ses engagements climat–forêts–agriculture ;
- présente des instruments financiers innovants ;
- conclut un accord carbone majeur ;
- dévoile des stratégies structurantes (forêts, pertes & préjudices) ;
- renforce son leadership climatique dans la sous-région.
Avec ses CDN 3.0 revisitées et une diplomatie active à Belém, la Côte d’Ivoire se positionne comme un acteur clé de l’action climatique africaine, déterminé à transformer ses ambitions en financements, et ses financements en actions concrètes.









