Le Centre National de Transfusion Sanguine de Côte d’Ivoire (CNTSCI) vient d’inscrire le pays dans l’histoire de l’immunogénétique mondiale. Le mardi 9 décembre 2025, lors d’une présentation officielle conduite par le Pr Siransy Kouabla et son équipe, les chercheurs ivoiriens ont annoncé l’identification d’un nouvel allèle HLA, totalement inédit à l’échelle du globe. Une découverte rarissime, qui constitue un tournant majeur pour la transplantation d’organes en Côte d'Ivoire.
Parmi plus de 400 donneurs de sang analysés, un individu portait un profil génétique jamais observé auparavant. Cet allèle, désormais reconnu par la communauté scientifique internationale, témoigne de la diversité génétique exceptionnelle des populations ivoiriennes. La cérémonie, présidée par le Directeur général du CNTSCI, le Pr Yassongui Mamadou Sekongo, s’est déroulée en présence du FONSTI, de l’Établissement Français du Sang (EFS) de Lyon, du département d’Anthropologie Génétique de l’Université de Genève et de plusieurs experts nationaux et internationaux.
Pourquoi cette découverte est capitale ? Le rôle vital du HLA dans les greffes
Les antigènes HLA (Human Leukocyte Antigen) sont des protéines présentes à la surface des cellules qui permettent au système immunitaire de distinguer le soi du non-soi. Dans une greffe, plus la compatibilité HLA entre donneur et receveur est élevée, plus les chances de réussite sont grandes et les risques de rejet diminués.
C’est ce système HLA qui guide, en Europe par exemple, la sélection des receveurs au sein de réseaux comme Eurotransplant, où plus de 6 460 greffes ont été réalisées en 2022. En France, l’Agence de la biomédecine utilise le système informatique Cristal pour identifier les meilleurs appariements HLA pour près de 10 000 patients en attente de greffe chaque année.
Jusqu’à présent, la Côte d’Ivoire devait envoyer ses échantillons à l’étranger pour typage HLA, une pratique coûteuse et chronophage.

Ce que change la découverte pour les patients ivoiriens
Selon le Pr Siransy, cette avancée marque un tournant :
- Les analyses HLA pourront désormais être réalisées localement, réduisant considérablement les délais et les coûts.
- Les résultats seront plus rapides, plus fiables, facilitant la préparation des greffes.
- Les programmes de transplantation bénéficieront d’une meilleure prédiction des risques immunologiques.
- La découverte enrichit la base de données mondiale, donnant à la Côte d’Ivoire une place stratégique dans la recherche génétique africaine.
Cette nouvelle compétence renforce également la confiance des équipes chirurgicales engagées dans les greffes de rein, de foie ou de cœur, domaines encore émergents dans le pays.
Un pas décisif vers l’autonomie scientifique et médicale
Cette avancée n’est qu’un début. Le CNTSCI a annoncé la construction prochaine d’un bâtiment ultra-moderne, doté de salles stériles et d’automates de dernière génération, destiné à soutenir les programmes de greffe ivoiriens. L’objectif est clair : bâtir une chaîne complète de transplantation, depuis la sélection des donneurs jusqu’au suivi post-greffe.
À l’heure où les pays européens s’appuient sur des systèmes numériques sophistiqués pour optimiser la compatibilité HLA, la Côte d’Ivoire s’engage à son tour sur la voie d’une médecine de précision, adaptée à ses réalités génétiques.
Une avancée scientifique, mais surtout humaine

Derrière cette découverte se cache une promesse : donner une chance supplémentaire aux patients en attente de greffe. Un allèle unique, une signature ivoirienne, qui pourrait un jour sauver des vies.
En franchissant ce cap, le CNTSCI ne fait pas seulement progresser la science : il rapproche la Côte d’Ivoire d’un futur où chaque patient pourra bénéficier d’un diagnostic immunologique de pointe, sans quitter le territoire.
La Côte d’Ivoire vient de poser une pierre fondatrice dans l’édifice de la transplantation moderne. Et ce n’est qu’un début.









