Recevoir un diagnostic de cancer ne signifie pas seulement entrer dans un parcours médical. Pour le patient, c’est aussi devoir comprendre où aller, quels examens réaliser, à quel moment revenir, comment accéder aux soins et comment franchir les obstacles qui peuvent apparaître entre deux étapes.
C’est précisément sur cette partie souvent moins visible de la prise en charge que veut agir le système de navigation patient en cancérologie, ( REDPATH) officiellement lancé le 24 septembre au CHU de Treichville.

Ne plus laisser le patient seul face au parcours
Le Pr Adoubi Innocent, directeur coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer, décrit la navigation comme un accompagnement individualisé et proactif du patient, depuis le dépistage jusqu’au traitement et au suivi. Le navigateur doit notamment identifier les obstacles rencontrés et aider le patient à mobiliser les ressources nécessaires pour poursuivre son parcours.
Les obstacles peuvent être financiers, mais pas seulement. Le dispositif prend également en compte les difficultés géographiques, culturelles ou psychosociales. Dans certains cas, un patient peut être attendu pour un examen, une consultation ou une étape thérapeutique et ne plus donner de nouvelles. Le rôle du navigateur consiste alors à maintenir le lien.
« Accompagner n'est pas soigner à la place du système », rappelle le Pr Adoubi dans sa présentation. La navigation constitue, selon lui, une condition nécessaire mais non suffisante pour améliorer l'accès équitable aux soins contre le cancer.
Une plateforme pour suivre les obstacles
Le système ne repose pas uniquement sur l'intervention humaine. Une plateforme numérique doit permettre aux navigateurs de renseigner et de suivre les informations relatives aux patients.
La démonstration présentée lors de la cérémonie montre notamment un tableau de bord permettant de suivre les patients navigués, les rendez-vous, les délais entre les différentes étapes et les obstacles rencontrés. Les données de la démonstration étaient toutefois fictives et utilisées uniquement à des fins d'illustration.
La plateforme doit également permettre d'identifier les points de blocage : retards dans le parcours, rendez-vous reportés ou annulés, obstacles financiers ou psychologiques et autres difficultés susceptibles d'interrompre le suivi.
Cette dimension constitue l'un des intérêts du dispositif : ne plus seulement constater qu'un patient a disparu du parcours, mais tenter de comprendre pourquoi.

Une solution à éprouver sur le terrain
Mais à ce stade, impossible de tirer des conclusions sur l'efficacité réelle du système. Le dispositif vient d'être officiellement lancé et fonctionne encore dans des structures pilotes.
Le ministère de la Santé indique d'ailleurs que des points focaux et des navigateurs issus de différentes structures pilotes ont été formés.
Le véritable test commencera donc avec l'utilisation quotidienne du dispositif : combien de patients seront effectivement accompagnés ? Quels obstacles seront les plus fréquents ? Combien de patients interrompront leur parcours malgré l'accompagnement ? Les délais évolueront-ils ? Les navigateurs disposeront-ils des moyens nécessaires pour résoudre les difficultés identifiées ?
Le système prévoit justement des indicateurs et un mécanisme de retour d'expérience. Selon le Pr Adoubi, l'un des objectifs à terme est de mesurer notamment son effet sur l'abandon du traitement et le suivi des patients.
C'est donc sur le terrain que cette solution devra faire ses preuves. Pour l'heure, la Côte d'Ivoire dispose d'un nouvel outil et d'une première équipe formée pour l'utiliser. Reste désormais à savoir si cette innovation permettra effectivement de transformer une difficulté bien réelle du parcours de soins en une prise en charge plus continue et plus humaine.





