Devant un amphithéâtre studieux, Dr Mamadou Diarrassouba a dressé un constat sans détour : les urgences sanitaires en Afrique de l'Ouest ne sont plus des événements isolés, mais des crises de plus en plus fréquentes, simultanées et interconnectées. Épidémies, pandémies, catastrophes climatiques et conflits se combinent désormais, portés par une urbanisation rapide et mal planifiée, une mobilité transfrontalière intense et un contact croissant entre humains, animaux et environnement. « Plus de 70 % des maladies infectieuses émergentes sont d'origine animale », a-t-il rappelé, plaidant pour une approche « Une seule santé » associant secteurs vétérinaire, environnemental et humain.

Le conférencier a identifié cinq grandes contraintes qui fragilisent la riposte régionale : une gouvernance sanitaire souvent fragmentée entre ministères aux mandats qui se chevauchent ; un sous-financement chronique de la prévention au profit du curatif ; une pénurie de personnel qualifié, mal réparti entre zones urbaines et rurales ; des infrastructures et laboratoires vulnérables, sujets aux ruptures d'approvisionnement ; et enfin, un partage insuffisant de l'information entre pays voisins. « La préparation n'est pas terminée tant que le financement reste dépendant de l'extérieur », a-t-il averti, citant le choc encore ressenti après le retrait de certains bailleurs internationaux.

 

Face à ces failles, Dr Mamadou Diarrassouba a insisté sur la surveillance comme « première ligne de défense » : un système qui doit devenir bidirectionnel, remontant des communautés jusqu'aux plateformes nationales et régionales, et redescendant sous forme de directives et d'alertes. C'est autour de cette philosophie que le Centre régional a construit ses outils : entreposage régional des données, systèmes d'alerte précoce, surveillance génomique, et bientôt une surveillance satellite développée avec la FAO pour anticiper la migration des vecteurs de maladies liée au changement climatique.

L'actualité a nourri la démonstration. Alors que l'épidémie d'Ebola (souche Bundibugyo) frappe actuellement la République démocratique du Congo et l'Ouganda, Dr Diarrassouba a détaillé la riposte préventive engagée par la CEDEAO : réunion d'urgence des pays membres à Dakar, exercices de simulation, renforcement des capacités de laboratoire et intensification des contrôles dans les aéroports ouest-africains. « Une menace sanitaire peut survenir n'importe où, mais dès qu'elle survient, elle concerne tout le monde », a-t-il résumé, rappelant que le CRSCM lui-même est né de la crise Ebola de 2014-2016, à l'initiative des chefs d'État de la région.

 

Le Centre régional a par ailleurs engagé, depuis 2018, l'élaboration d'un plan stratégique « Une seule santé », techniquement finalisé en juillet 2022 et en attente d'un endossement politique par les ministres de la Santé de l'espace CEDEAO. Ses priorités pour les prochaines années : renforcer la surveillance intégrée, investir dans les réseaux de laboratoires, développer les compétences en épidémiologie de terrain,  un domaine où, selon le conférencier, la Côte d'Ivoire n'a atteint le niveau avancé de formation que depuis deux ans,  et surtout accroître le financement domestique de la préparation.

 

Le Directeur Exécutif du  CRSCM   de la CEDEAO a clos son intervention par un appel à l'action collective, associant gouvernements, chercheurs, secteur privé et communautés : « La sécurité sanitaire est un bien public régional. Les pays ne peuvent pas se protéger seuls. » Une conviction qu'il a résumée en une formule appelée à guider les travaux du congrès jusqu'à vendredi : « Le meilleur moment pour se préparer à la prochaine urgence sanitaire, c'est avant qu'elle n'arrive. »