Le cancer du sein reste un enjeu majeur de santé publique en Côte d’Ivoire. Selon les chiffres présentés dans l’invitation des organisateurs, le pays enregistre près de 3 869 nouveaux cas et 2 092 décès chaque année. Le diagnostic tardif et les difficultés d’accès au dépistage et aux soins spécialisés pèsent lourd dans ce bilan.

 

Pour Alexandre Roquette, directeur général de l’IEC, l’objectif est de favoriser le dépistage précoce et de faciliter l’accès à une prise en charge adaptée. Durant le mois d’octobre, l’Institut prévoit des actions de dépistage en partenariat avec l’Hôpital mère-enfant et l’Hôpital général de Bingerville. Il annonce également une réduction du coût des consultations avec un cancérologue : elles sont proposées à 10 000 francs CFA pendant tout le mois d’Octobre Rose.

 

La sensibilisation doit aussi sortir des salles de consultation. Des webinaires réunissant un cancérologue et une patiente ayant été traitée, présentée comme une « ambassadrice de soins », doivent permettre aux entreprises d’informer leurs collaborateurs. Un partenariat éditorial avec Fraternité Matin est également annoncé pour donner davantage de place aux récits des femmes et contribuer à briser le tabou. Ces initiatives s’inscrivent dans une démarche où l’information, l’écoute et l’orientation vers les soins comptent autant que le traitement lui-même.

 

Présente à la rencontre, la présidente de la COLCC, Me Fatiga Coulibaly, a renouvelé son plaidoyer pour que la lutte contre le cancer du sein ne se limite pas à un slogan ou à un mois de mobilisation. Pour elle, la sensibilisation et l’accompagnement doivent se poursuivre toute l’année, jusque dans les familles et les communautés les plus éloignées des structures de santé. Le représentant de Roche a, lui aussi, insisté sur l’importance de partenariats durables entre les autorités sanitaires, les soignants, la société civile et le secteur privé.

 

« Il y a une vie après » : la force des témoignages

Dans la salle, les paroles des femmes ayant traversé la maladie ont donné un visage concret aux messages de prévention. Mme Gueï, aujourd’hui en rémission, a raconté qu’elle avait d’abord eu du mal à imaginer qu’un cancer puisse la toucher, notamment parce qu’elle venait d’un milieu modeste. Une douleur persistante près de l’omoplate l’a finalement conduite à consulter. Après plusieurs examens, le diagnostic est tombé en mars 2023 : un cancer du sein de stade avancé.

 

 

À l’annonce, sa première inquiétude a été de savoir qui s’occuperait de ses deux petits-enfants. Elle a ensuite suivi les soins, dont la chimiothérapie, la chirurgie et la radiothérapie. Elle souligne le rôle des professionnels qui l’ont accompagnée et le soutien reçu autour d’elle. Aujourd’hui, elle a repris sa vie et poursuit ses contrôles médicaux. Son message est simple : « derrière, il y a une vie ». Son parcours rappelle aussi qu’un signe inhabituel mérite une consultation, sans attendre ni attribuer automatiquement les symptômes à une cause mystique.

 

Une autre femme en rémission a raconté avoir découvert une boule dans son sein et consulté rapidement. Une mammographie puis une biopsie ont permis de préciser le diagnostic. L’attente des résultats a été éprouvante, tout comme l’annonce à ses proches. Son traitement a comporté plusieurs séances de chimiothérapie, une opération et 25 séances de radiothérapie. Le soutien de sa famille et de ses collègues l’a aidée à traverser cette période. Aujourd’hui, elle dit se sentir épanouie et encourage les femmes à ne pas se taire devant un changement de leur sein.

 

 

Ces témoignages ne promettent pas une guérison dans tous les cas, mais ils portent un message essentiel : un cancer du sein n’est pas automatiquement une condamnation. Les chances de traitement sont généralement meilleures lorsque la maladie est détectée tôt et que les soins commencent sans délai. Une boule, une modification de la peau ou du mamelon, ou tout changement inhabituel doit amener à consulter un professionnel de santé. Le dépistage et les examens adaptés se décident avec lui, selon l’âge, les symptômes et les facteurs de risque.

 

À Bingerville, la rencontre a rappelé que la lutte contre le cancer du sein ne repose pas uniquement sur les équipements médicaux. Elle dépend aussi de l’accès aux consultations, de l’information fiable, de l’accompagnement des patientes et de la capacité des familles à parler de la maladie sans honte. En ouvrant ses portes et en mettant les survivantes au centre des échanges, l’IEC entend faire circuler cette parole bien au-delà d’Octobre Rose. Car la sensibilisation doit durer 365 jours par an.