À Grand-Bassam, le jeudi 8 octobre dernier, la remise des clés du siège provisoire de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) a revêtu une portée qui dépasse le simple aménagement de nouveaux bureaux. Dans l’enceinte du VITIB, responsables gouvernementaux, autorités locales et représentants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se sont retrouvés our matérialiser une décision prise quelques mois plus tôt à Abuja, au Nigeria. Le 14 décembre 2025, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO avait décidé de transférer le siège de l’institution en Côte d’Ivoire.

Avec 76 bureaux et une capacité d’accueil de 120 agents, cette installation transitoire doit permettre à l’institution de déployer ses activités en Côte d’Ivoire, en attendant la construction d’un siège définitif. Au-delà du changement d’adresse, l’enjeu est de transformer cette proximité institutionnelle et technologique en réponses concrètes aux défis de santé publique des pays de la CEDEAO.

 

Pour le gouvernement ivoirien, cette installation représente à la fois une marque de confiance et une responsabilité régionale. En présidant la cérémonie, le ministre délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Adama Dosso, insiste sur les efforts engagés pour rendre cette relocalisation effective dans des délais particulièrement courts. Il salue notamment la contribution du ministère chargé de l’Urbanisme et du Logement, ainsi que celle des équipes techniques mobilisées pour aménager les locaux.

 

« La Côte d’Ivoire vous ouvre ses portes, mais surtout, elle vous offre un espace de coopération », déclare-t-il en s’adressant au directeur général de l’OOAS, le professeur Palokinam Pitché. La formule résume l’ambition affichée par les autorités ivoiriennes : faire de cette implantation un levier de collaboration entre les États ouest-africains autour des enjeux sanitaires communs.

Un siège provisoire pour accueillir 120 agents

Le site mis à disposition de l’organisation compte 76 bureaux, auxquels s’ajoutent des espaces d’accueil, de réunion et de travail. Il est dimensionné pour recevoir environ 120 agents et permettre l’installation progressive des équipes durant cette période transitoire.

 

Le choix de Grand-Bassam, explique Adama Dosso, repose sur plusieurs critères : la proximité d’Abidjan, la disponibilité des infrastructures, les conditions de sécurité, ainsi que l’environnement technologique et scientifique offert par le VITIB. Autant d’éléments destinés à faciliter le fonctionnement de l’institution et les échanges avec les partenaires nationaux et régionaux.

 

Cette étape doit précéder l’installation dans un siège définitif annoncé sur environ 3 000 mètres carrés de surface utile. Selon les indications communiquées par le ministre, cette future infrastructure devrait accueillir entre 260 et 300 personnes, selon les aménagements retenus. Le délai prévisionnel évoqué lors de la cérémonie était de sept mois, avec une livraison alors envisagée dans quatre à cinq mois compte tenu de l’avancement du calendrier.

 

Pour l’instant, la priorité reste de permettre aux équipes de travailler dans des conditions fonctionnelles et de poursuivre les missions de l’organisation sans attendre l’achèvement du bâtiment définitif.

Pour l’OOAS, une nouvelle étape au service des populations

Visiblement heureux de recevoir les clés des nouveaux locaux, le professeur Palokinam Pitché voit dans cette cérémonie un tournant institutionnel. Le directeur général de l’OOAS tient d’abord à exprimer sa reconnaissance au Burkina Faso, qui a accueilli l’organisation pendant plusieurs décennies, en lui apportant soutien et facilités de fonctionnement. Il remercie ensuite les autorités ivoiriennes pour leur disponibilité et les dispositions prises afin d’accompagner le transfert.

 

Mais le responsable entend surtout rappeler la vocation de l’institution : contribuer à l’amélioration de la santé des populations de l’ensemble de l’espace communautaire. « Les défis sanitaires ne s’arrêtent pas aux frontières », souligne-t-il, insistant sur la nécessité de renforcer la coopération, l’anticipation, le partage de l’information et la solidarité entre les États.

 

Parmi les priorités évoquées figurent l’accès à des soins de qualité, la prévention et la réponse aux épidémies, ainsi que l’accès à des médicaments et à des vaccins de qualité. L’installation à Grand-Bassam doit faciliter les échanges avec les autorités sanitaires ivoiriennes et les partenaires techniques, tout en permettant à l’OOAS de poursuivre son mandat régional.

Le professeur Pitché souhaite ainsi que le nouveau site devienne davantage qu’un lieu de travail : un espace de concertation, de coordination et de construction de solutions adaptées aux défis sanitaires de l’Afrique de l’Ouest.

Le VITIB, une passerelle entre santé et innovation

 

L’implantation de l’OOAS au VITIB ouvre également des perspectives dans un domaine devenu essentiel pour les systèmes de santé : l’innovation technologique. Le directeur général du VITIB, Mébéti Dosso, accueille cette arrivée comme un honneur, mais aussi comme une responsabilité. Pour lui, la présence d’une institution régionale spécialisée dans la santé donne une nouvelle dimension à la vocation scientifique et technologique de la technopole.

Le site accueille déjà des activités pharmaceutiques, des laboratoires spécialisés ainsi que des entreprises de télécommunications, de services numériques et de traitement des données. Cette proximité pourrait favoriser des échanges autour de la santé numérique, des outils de diagnostic, des systèmes d’information sanitaires, de la télémédecine et de la recherche appliquée.

 

Le responsable du VITIB se dit disposé à explorer, avec l’OOAS et selon ses priorités, des initiatives communes dans les domaines de l’information sanitaire, des biotechnologies et de l’innovation. L’objectif est de faire émerger des collaborations utiles aux populations, en rapprochant compétences scientifiques, infrastructures technologiques et expertise régionale.

 

Il rappelle également le poids économique de la technopole, qui s’étend sur 624 hectares à Grand-Bassam. Selon les chiffres présentés dans son allocution, environ 40 milliards de FCFA d’investissements publics ont contribué à son aménagement, tandis que les entreprises implantées représentent plus de 120 milliards de FCFA d’investissements privés et environ 1 500 emplois directs. Un environnement que le VITIB souhaite continuer à développer en accueillant des institutions et des entreprises à vocation régionale.

 

Grand-Bassam renforce son ambition sanitaire

Pour le maire de Grand-Bassam, Jean-Louis Moulot, l’arrivée de l’OOAS vient conforter le positionnement progressif de la ville comme pôle technologique et sanitaire. Il rappelle les investissements et initiatives engagés dans la commune, notamment la construction de centres de santé de proximité, le renforcement des structures de protection maternelle et infantile, la mise en place d’un centre départemental de transfusion sanguine et l’extension de l’hôpital général.

 

À ces réalisations s’ajoute le développement d’infrastructures sanitaires majeures, dont le Centre national d’oncologie et de radiothérapie. Dans cette dynamique, l’installation de l’OOAS apporte une dimension supplémentaire à la coopération sanitaire sous-régionale et ouvre de nouvelles perspectives de rayonnement pour la ville.

 

Jean-Louis Moulot assure que le conseil municipal se tient disponible pour faciliter, dans le cadre de ses compétences, l’installation et le fonctionnement de l’organisation. Il formule le souhait que les activités de l’institution contribuent durablement à la santé des populations et au rayonnement de la Côte d’Ivoire.

 

Des clés symboliques, des résultats attendus

La cérémonie du 8 octobre marque donc une étape importante dans l’installation de l’OOAS en Côte d’Ivoire. Mais la réussite de cette relocalisation ne se mesurera pas uniquement à la qualité des bureaux ou à la rapidité de l’installation. Elle dépendra surtout de la capacité de l’organisation à renforcer les coopérations entre les États, à soutenir les politiques sanitaires et à contribuer à des réponses efficaces aux urgences de santé publique.

L’enjeu est de faire converger les compétences, les données, les ressources et les innovations afin que les priorités annoncées se traduisent en améliorations concrètes pour les populations. La proximité du VITIB offre des possibilités de collaboration, mais celles-ci devront se concrétiser par des projets, des partenariats et des résultats mesurables.

 

En recevant les clés de son siège provisoire, l’OOAS ouvre ainsi un nouveau chapitre de son histoire institutionnelle. Grand-Bassam lui offre un cadre de travail et de coopération ; à l’organisation désormais de faire de cette implantation un instrument au service des États membres. Car, au-delà des bâtiments, la véritable valeur de ce nouveau siège se jugera à sa contribution à une Afrique de l’Ouest mieux préparée face aux menaces sanitaires, plus solidaire dans ses réponses et plus déterminée à garantir à ses populations un accès équitable à des soins de qualité.