Bouaké a accueilli le 25 septembre dernier la célébration de la journée internationale du pharmacien.  Ce jour, la capitale du Gbêkê n’était pas seulement une ville d’accueil, elle s’est imposée comme une ville symbole pour les pharmaciens de Côte d’Ivoire.

Venus de toutes les sections du pays, les professionnels de la pharmacie ont convergé vers le chef-lieu de la région du Gbêkê pour une rencontre de haut niveau organisée par l’Union nationale des pharmaciens privés de Côte d’Ivoire (UNPP-CI), sous la coordination des pharmaciens de l’Iffou, du Gbêkê et du Hambol.

 

Dans la salle, les générations se côtoient. Les plus jeunes écoutent les anciens. Les confrères se retrouvent. Et un mot revient dans plusieurs communications : les pionniers ou encore  devanciers , les aînés. Ceux qui, avant que le réseau officinal ivoirien ne prenne l’ampleur qu’on lui connaît aujourd’hui, ont accepté de prendre des risques, de s’installer, de servir et de croire en une pharmacie privée ivoirienne capable de répondre aux besoins des populations.

À Bouaké, la mémoire des pionniers 

 

Après la cérémonie de libation exécutée par les chefs traditionnels et religieux, l’un des temps forts de la cérémonie a été consacré à la reconnaissance des pionniers de la pharmacie à Bouaké et des familles de pharmaciens disparus.

Pour le Dr Kanigui Ouattara, président de l’UNPP-CI, cette reconnaissance s’inscrit dans une vision plus large :" rendre hommage à celles et ceux qui ont contribué à construire la profession tout en préparant son avenir. "Il a notamment appelé les pharmaciens à continuer à se former, à innover et à servir.

Une émotion particulière a entouré cet hommage. Les familles des confrères disparus ont été associées à ce devoir de mémoire, tandis que des distinctions symboliques ont été remises aux pionniers présents. Une manière de rappeler que l’histoire d’une profession ne se résume pas à ses institutions ou à ses chiffres : elle est aussi faite de parcours individuels, de sacrifices et de générations qui se transmettent un héritage.

 

Représentant le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, la professeure Vanga Henriette a donné à cette reconnaissance une dimension intergénérationnelle. Elle a rappelé le rôle joué par les pharmaciens de Bouaké, y compris durant les périodes difficiles de l’histoire récente du pays. Pour elle, honorer les aînés, c’est aussi investir dans l’avenir et donner aux jeunes pharmaciens les moyens de prendre la relève.

« Votre histoire est notre mémoire. Votre parcours est notre repère. Et votre héritage est notre responsabilité », a-t-elle résumé dans un message qui a particulièrement marqué l’assistance.

 

Le Dr Mousso Ambroise, acteur de l’organisation de cette rencontre, a lui aussi insisté sur cette transmission entre générations. Il a salué le dynamisme et la solidarité des pharmaciens de l’Iffou, du Gbêkê et du Hambol, estimant que leur mobilisation témoignait de la capacité de la profession à se rassembler autour de l’essentiel.

 

« Empowering pharmacy for healthier futures » : penser la pharmacie de demain

 

Mais à Bouaké, regarder le passé n’a jamais signifié tourner le dos au futur. Le thème de cette journée, « Empowering pharmacy for healthier futures », a justement servi de fil conducteur aux différentes communications. Donner davantage de moyens d’agir au pharmacien, renforcer ses compétences, son autonomie et sa capacité à répondre aux besoins des populations : autant de pistes qui dessinent une profession appelée à prendre une place toujours plus importante dans le système de santé.

 

Dans sa conférence inaugurale, le Dr Francis Djaha a appelé ses confrères à « activer » cinq pouvoirs : le savoir, la décision, l’entrepreneuriat, la protection et le rassemblement. Pour lui, la formation continue doit rester une priorité dans une profession où les connaissances scientifiques évoluent rapidement. Il a également rappelé que le pharmacien est souvent le premier professionnel de santé rencontré par le patient et qu’il doit utiliser cette proximité pour mieux contribuer à la prévention.

Cette proximité avec la population a d’ailleurs traversé les différentes interventions. Le Dr Kanigui Ouattara a appelé à une pharmacie fondée sur l’éthique, la compétence, la proximité, la qualité et la responsabilité, avec le patient placé au cœur de l'action. Il a également plaidé pour une pharmacie ivoirienne plus moderne, plus accessible, davantage intégrée au système de santé et davantage tournée vers la prévention et l’accompagnement du patient.

 

Le message est clair : le pharmacien de demain ne devra pas seulement être celui qui délivre un médicament. Il devra aussi être un professionnel capable d’écouter, de conseiller, de prévenir et d’accompagner.

À Bouaké, cette ambition a trouvé un écho particulier. Le directeur régional de la Santé du Gbêkê a salué le choix de la ville pour cette première édition de la célébration et rappelé la place essentielle du médicament dans la prise en charge des patients. Sans médicament de qualité, a-t-il souligné, les soins restent incomplets. Au terme de cette journée, Bouaké aura donc offert bien plus qu’un cadre à une célébration professionnelle. Elle aura été le lieu où une profession a regardé son histoire dans les yeux pour mieux préparer son avenir.

 

Entre la reconnaissance due aux pionniers et l’appel à renforcer les compétences, la solidarité et la proximité avec les populations, le message porté par cette rencontre est celui d’une pharmacie qui veut avancer sans oublier d’où elle vient.

À Bouaké, terre des pharmaciens, les bâtisseurs ont été honorés. Aux nouvelles générations désormais de poursuivre l’œuvre.