En allant au-devant des femmes, des agents de santé communautaire ont contribué à lever plusieurs obstacles au dépistage du cancer du col de l’utérus à Abobo. Fondée sur l’auto-prélèvement du papillomavirus humain, l’approche a permis de tester près de 20 942  femmes à Abidjan et à San Pedro selon le rapport de Médecin du Monde. Les résultats sont encourageants, mais les pertes de vue, (c'est-à-dire les femmes dépistées positives qui ne reviennent pas prendre leur résultat), le coût des tests et la dépendance aux financements extérieurs compliquent encore son extension à l’ensemble de la Côte d’Ivoire.

 

Une agente de santé communautaire s'est présentée un matin à l’étal de Djampo Eugénie, vendeuse de pains complets et d’œufs sur le bord d'une rue d'Abobo, au Nord d’Abidjan, la capitale ivoirienne.  

 

La commerçante  avait d'abord refusé. « J'avais très peur de faire ce test, c'est un truc que je n'ai jamais fait. Je lui ai expliqué que je n'ai jamais introduit quelque chose dans mes parties intimes, ça me dérange », se souvient-elle. L'agent de santé communautaire  avait pris le temps de la rassurer. Eugénie avait fini par accepter, s'était isolée dans les toilettes attenantes à son commerce, et avait réalisé elle-même son prélèvement. Le résultat est revenu négatif. Elle a ensuite convaincu d'autres femmes de son entourage de faire de même. L'une d'elles, dont le résultat s’est révélé positif, a pu être soignée, et suit aujourd'hui son traitement de thermocoagulation.  « Ce test a sauvé ma vie, parce que je ne peux plus jamais m'amuser avec ma santé », dit-elle.

 

Source : Mme Djampo Eugenie bénéficiaire, image personnelle Edith Valerie Nguekam

Cette scène, répétée des dizaines de milliers de fois dans les cours et les ménages d'Abobo depuis 2021, résume à elle seule la promesse du projet : rendre le dépistage simple, aussi proche et peu intimidant pour une maladie qui continue de tuer des femmes en silence.

 

Le cancer du col de l'utérus est le premier cancer féminin en Côte d'Ivoire, avec plus de 2 300 nouveaux cas recensés chaque année et un taux de mortalité qui dépasse 60 %., selon le Programme national de lutte contre le cancer. (PNLCa.) Dans son rapport  PNE-CCU- 2025-2030.  Il s'agit pourtant d'une maladie que la médecine sait éliminer. Provoquée dans l'immense majorité des cas par le virus  papillomavirus humain, ou HPV, elle peut être évitée par la vaccination et guérie si elle est repérée à un stade précancéreux. Le problème n'est donc pas thérapeutique, il est logistique et social.

 

Le document du Plan national d'élimination du cancer du col de l'utérus (PNE-CCU 2025-2030)  révèle que seulement 5,5 % des ivoiriennes éligibles au projet ont un jour bénéficié d'un dépistage. L'objectif national est de porter ce taux à 55 % d'ici 2030, avec une étape intermédiaire à 30 % en 2027.

Source : Images utilisées pendant la sensibilisation, Médecins du monde

 

Longtemps, le dépistage en Côte d'Ivoire a reposé sur une « stratégie opportuniste » : un test était proposé à une femme uniquement lorsqu'elle se présentait déjà à l'hôpital pour une autre raison. « Dire à quelqu’un de venir au centre de santé alors qu’il ne se sent pas malade est compliqué. Les femmes répondent souvent qu’elles sont occupées ou qu’elles doivent aller au marché », explique Dr Masséni Diomandé, coordinatrice médical  à Médecins du Monde mission Côte d’Ivoire.

 

Le dépistage hors des murs de l’hôpital

 

 C'est ce constat qui a conduit Médecins du Monde à imaginer, dès 2021, une approche différente de celle déployée à la même époque par d'autres acteurs en Côte d'Ivoire, notamment certains programmes internationaux de lutte contre le cancer du col de l'utérus, qui continuaient de faire venir les femmes en centre de santé.   « On s'est dit : comment faire pour aller au plus près de ces personnes ? Pour qu’elles ne soient pas forcément obligées de se déplacer, et que le service vienne vers elles », raconte Dr Masséni Diomandé. L'équipe a étudié des modèles étrangers, y compris un système postal utilisé dans certains pays comme les Pays Bas, pays initiateur et leader dans ce domaine, où la femme reçoit un kit, effectue son prélèvement et le renvoie par la poste. 

 

Faute d'un service équivalent en Côte d'Ivoire, Médecins du Monde a choisi de s'appuyer sur une ressource locale déjà existante : les agents de santé communautaire (ASC), les associations et groupes féminins de quartier.

 

Après plusieurs mois de préparation et de cartographie des zones; discussions avec les autorités sanitaires et adaptation des protocoles, le dépistage effectif a démarré en 2021 dans les districts sanitaires d'Abobo-Ouest, et d’Abobo-Est, avant de s'étendre à San Pedro en 2024. L'innovation technique centrale de ce dispositif est l'auto-prélèvement HPV. La femme réalise elle-même, dans l'intimité de son domicile ou de son lieu de travail, un prélèvement vaginal à l'aide d'un écouvillon, sans qu'aucun geste médical invasif ne soit nécessaire.

 

Source : Agents communautaires sur le terrain, Médecins du monde

 

L'idée n'allait pourtant pas de soi, y compris dans le corps médical. « Au début, c'était compliqué de faire adhérer le corps médical, se souvient Dr Maceni  Diomandé. Il y a même des professeurs agrégés qui ont dit que les femmes vont se tromper de chemin, qu'il y a tellement de trous là-bas qu'elles vont se blesser ». L'équipe a dû démontrer, par la pratique, que les femmes correctement informées savaient parfaitement réaliser leur propre prélèvement.

 

Porte à porte et patience, maître mot de la réussite à Anonkoua-Kouté

 

Sur le terrain, la méthode s'est construite étape par étape. Avant même l'arrivée des agents, des campagnes de sensibilisation de masse s'installent dans les quartiers, avec bâches, sonorisation. Les leaders communautaires, religieux et coutumiers sont associés en amont. « On ne peut pas faire un travail en communauté sans eux », résume Mahi Pacôme, ASC coach  ayant supervisé une équipe de neuf agents dans le quartier d'Anonkoua-Kouté. Chaque ASC se voit ensuite attribuer un sous-quartier, muni d'une « boîte à images » qui sert de support pédagogique pour expliquer, sans stigmatiser, ce qu'est le cancer du col de l’utérus et l’urgence de s'en protéger.

 

Source : une vue du quartier Anonkoua kouté à Abobo, image personnelle Edith Valerie Nguekam

 

Vient ensuite le porte-à-porte proprement dit. « Pour approcher les femmes, il fallait le faire de manière douce, même si certaines étaient réticentes et agressives dans le langage. Il ne fallait pas hausser le ton », explique Bodié Jeanne, ASC de base. Sur dix portes, souvent seules deux femmes acceptent d'écouter. « Les débuts ont été difficiles », reconnaît-elle, avant que le bouche-à-oreille des premières bénéficiaires ne facilite le travail. Les hommes, chefs de ménage, sont systématiquement associés à la démarche : « L'homme est le responsable de la famille. Si l'homme est là, on échange d'abord avec lui avant d'arriver à la femme », précise Monsieur Stanislas Niangoran, chef de projet CCU à Médecins du Monde. Les refus francs sont restés rares, indique-t-il, et lorsqu'ils surviennent, l'équipe fait appel aux leaders communautaires ou religieux pour renouer le dialogue.

 

Source : Agents communautaires, Bodié jeanne & Mahi Pacôme , image personnelle Edithe Valerie Nguekam

 

Une fois le consentement obtenu, la femme réalise son auto-prélèvement, seule, pendant que l'agent attend à l'extérieur. L'écouvillon est ensuite acheminé vers le centre de santé, puis vers le laboratoire pour analyse. En moins de 48 heures, les résultats sont disponibles au centre de santé, et les agents de santé communautaires eux-mêmes les rapportent aux femmes concernées, à domicile, dans un délai compris entre trois jours et une semaine. Ce délai est de plusieurs mois lors des campagnes opportunistes classiques.

 

Source : Écouvillons pour auto prélèvement, Médecins du monde

 

L’Impact des chiffres 

 

Les résultats cumulés de ce dispositif communautaire, présentés par Médecins du Monde en décembre 2025, donnent la mesure de l'ampleur atteinte : 20 942 femmes dépistées au total, entre 2021 et 2025 dont 546 femmes porteuses de lésions précancéreuses traitées par thermoablation, et 98 % des tests réalisés en auto-prélèvement. 

 

Rien qu'en 2024, 8 344 femmes ont été testées à Abidjan et à San Pedro à l'occasion de 10 138 visites à domicile. Sur l'ensemble du projet, 13 721 femmes ont été dépistées à Abidjan et 7 221 à San Pedro, dépassant, dans les deux cas, les objectifs de couverture initialement fixés. Bien que le projet ait déploré le décès de 4 patientes, pour la plupart décédées pour refus de soins, le taux d'adhésion au test, une fois la femme approchée, atteint 98 %, selon les données du projet.

 

L'analyse du Plan national confirme ce basculement : sur la période 2021-2023, plus de 47 000 femmes ont été prélevées dans le cadre des projets communautaires, dont 17 % porteuses de PVIH, une population dont le risque de développer ce cancer est six fois supérieur à celui des femmes séronégatives. L'adhésion à l'auto-prélèvement y dépasse 90 %, indépendamment du statut sérologique. Conséquence directe de ces résultats : les directives nationales ont été révisées en 2023 pour endosser officiellement la méthode de l'auto-prélèvement en communauté.

Activité principale génératrice de revenu des femmes d' Anonkou-kouté

 

Un district qui rouvre ses portes

 

À Abobo BC, le surveillant général du centre de santé urbain communautaire, Yéo Kogniman, a vu de l'intérieur les effets de la campagne sur son propre établissement. Il  estime également que le projet de Médecins du Monde sur le dépistage du cancer du col de l'utérus à domicile  a profondément amélioré la sensibilisation des femmes, jusque-là peu informées sur cette maladie souvent asymptomatique. Malgré les réticences initiales liées à l'auto prélèvement, l'implication des leaders communautaires a favorisé l'adhésion des couples. Les femmes dépistées ont rapidement reçu leurs résultats, et celles présentant des lésions ont été prises en charge ou orientées selon les besoins. Bien que la phase communautaire soit terminée, le dépistage opportuniste à Abobo BC et les activités de sensibilisation se poursuivent, avec un impact positif sur la fréquentation globale du centre de santé.

Yéo Kogniman surveillant général  Centre de Santé Abobo BC

 

Par ailleurs, Monsieur Stanislas de Médecin du Monde confirme également que le trafic  dans les centres de santé a doublé depuis le passage de cette activité. « Il y a des centres de santé, à Assoumin par exemple, où les gens disaient qu'ils ne savaient même pas qu'il y avait un centre de santé dans leur quartier. C'est par le passage des ASC qu'ils l'ont su, et dès lors, ils ont commencé à s’y rendre ». La fréquentation des centres de santé a nettement progressé après la mise en œuvre  du projet CCU, y compris pour d'autres services : vaccination infantile, consultations prénatales, santé sexuelle et reproductive. 

 

114 prestataires de santé  ont été formés  dans les districts d’abobo Est et Abobo Ouest,  en plus des sages-femmes et des maïeuticiens qui ont participé aux formations des médecins et des infirmiers.

 

Source : Centre de santé Abobo BC, image personnelle Edith Valerie Nguekam

 

L'implantation du projet n'a pourtant pas été sans frictions. Au  démarrage, quelques problèmes de coordinations ont été enregistrés avec certains agents de santé, ceux-ci estimant qu’il s’agissait d’une charge de travail supplémentaire  « Cette situation nous a  fait avoir beaucoup de perdues de vue, qu'on a dû rattraper après », relate la Dr Diomandé. Le problème a été résolu par l'intervention des autorités sanitaires du district et du PNLCa : programme chargé de la lutte contre le cancer en Côte d’Ivoire. Ils ont rappelé que ce dépistage relève du paquet minimum d'activités déjà prévu pour les centres de santé communautaire, et non d'une tâche annexe à facturer à l'acte. Une logique que l'équipe du projet a jugée essentielle à la pérennité du dispositif une fois les financements extérieurs terminés.

 

 Ce que les chiffres ne disent pas 

 

Le principal point de fragilité identifié par l'ensemble des acteurs interrogés reste la deuxième étape du parcours. Après un test HPV positif, la femme doit encore se rendre en centre de santé pour une inspection visuelle à l'acide acétique, seule à même de confirmer la présence de lésions précancéreuses et de déclencher un traitement immédiat par thermoablation. C'est à ce stade que se concentrent les pertes de vue : jusqu'à 15 à 20% en zone urbaine à Abidjan, contre seulement 2% en zone rurale à San Pedro, où les agents communautaires, plus enracinés dans leur village, parviennent plus facilement à retrouver les femmes. Le PNE-CCU chiffre à 46,3 % seulement le taux de notification effective des résultats HPV positifs à l'échelle nationale. Un goulot d'étranglement que Médecins du Monde a résolu, en partie, en déplaçant l'inspection visuelle et le traitement directement dans les quartiers, sous tentes, avec un thermocoagulateur portatif fonctionnant sur batterie.

 

Source : thermo coagulateur portatif dans sa mallette, image personnelle Edith Valerie Nguekam

 

L'ONG Hope Life, organisation ivoirienne engagée depuis plus d'une décennie dans la lutte contre les cancers féminins, salue une « grande innovation qui mérite d'être étendue à l'ensemble du pays », tout en pointant la même limite : « au niveau du rendu des résultats, surtout quand c'est positif et que la femme doit se rendre au centre de santé pour la suite », observe l'organisation, qui insiste sur l'importance des « activités foraines », ces cliniques mobiles permettant à l'hôpital de se déplacer au sein de la communauté.

 

Sur le plan économique, le modèle reste coûteux : chaque auto-prélèvement est évalué entre 10 000 et 12 000 francs CFA (entre 15 et 18 euros), avant même le coût de l'inspection visuelle, en raison du prix des cartouches de test et des automates de laboratoire. Les mêmes appareils sont utilisés pour le dépistage du VIH et de la tuberculose, ce qui permet toutefois de mutualiser l'investissement. La première phase du projet à Abobo a mobilisé 750 000 euros, la seconde 1,8 million d'euros, financés par l’AFD (l’agence française de développement). 

 

Le projet a également révélé les limites de la coordination entre le Programme national de lutte contre le cancer et le Programme national de lutte contre le VIH. Si les deux structures poursuivent un objectif commun, leur articulation reste perfectible. Selon les informations recueillies pour ce reportage, ces difficultés auraient contribué à la perte d'une opportunité de financement international destinée à étendre le dépistage du HPV. Le bailleur aurait retiré son offre en évoquant des « problèmes de leadership » entre les deux programmes.

 

Source : Sensibilisation à domicile pour dépistage, image MdM..

 

Sur le terrain, l'obstacle le plus tenace n'est pas la peur du geste, mais le temps. Loba Désiré, agent de santé communautaire ayant travaillé dans ce projet, poursuit encore aujourd'hui, bien après la fin officielle du projet, ses tournées de sensibilisation. « Beaucoup de femmes exercent des activités génératrices de revenus et privilégient leur travail quotidien pour subvenir aux besoins de leur famille. Elles estiment ne pas avoir le temps de se rendre dans un centre de santé, d'autant que leurs rares jours de repos coïncident souvent avec les périodes où les structures sanitaires sont fermées », observe-t-il. Une contrainte que confirme Odiasho Nyoshimare, commerçante, qui a réalisé son prélèvement à son lieu de vente, entre deux clients : « Cette campagne constituait ma première véritable opportunité de dépistage. Bien que je fréquente les structures de santé depuis de nombreuses années, aucun professionnel ne m'avait auparavant proposé un dépistage du cancer du col de l'utérus ».

 

Un modèle validé, une application à l’échelle nationale à trouver 

 

Le plan stratégique national 2025-2030 reconnaît désormais explicitement le modèle testé à Abobo comme une capitalisation à généraliser. Il prévoit l'organisation de deux campagnes annuelles d'auto-prélèvement communautaire dans les dix pôles régionaux de santé d'Abidjan. L'Organisation mondiale de la santé, de son côté, recommande cette stratégie combinant vaccination de 90 % des jeunes filles, dépistage de 70 % des femmes et traitement de 90 % des lésions détectées (l'objectif « 90-70-90 » d'élimination du cancer du col de l'utérus).

 

L’expérience menée à Abobo met en évidence plusieurs conditions nécessaires au fonctionnement du dépistage communautaire : des agents formés et ancrés dans les quartiers, une sensibilisation respectueuse, l’association des leaders locaux, des délais courts pour les résultats et la possibilité de confirmer puis de traiter rapidement les cas positifs.

 

Source : Médecins du monde

 

Elle montre aussi que l’auto-prélèvement ne constitue pas, à lui seul, une solution complète. Son efficacité dépend de toute une chaîne : acheminement des échantillons, analyses au laboratoire, transmission confidentielle des résultats, orientation vers les structures sanitaires et suivi des femmes positives.

 

Le Plan national 2025-2030 prévoit désormais deux campagnes annuelles d’auto-prélèvement communautaire dans les dix pôles régionaux de santé d’Abidjan. Une étude de faisabilité et une modélisation attendues d’ici la fin de 2026 doivent aider les autorités à déterminer les modalités d’une extension du dispositif.

Mais le passage à l’échelle nationale nécessitera des financements durables, une meilleure coordination des programmes publics et une reconnaissance plus claire du rôle des agents de santé communautaire en milieu urbain.

 

Source : Sagou Marie, bénéficiaire, image personnelle Edith Valerie Nguekam

Pour Sagou Marie-Pauline, bénéficiaire du dispositif, la priorité est simple : poursuivre les visites dans les cours et les quartiers. « Certaines femmes sont peut-être malades, mais elles ont honte, elles ont peur ou elles n’ont pas les moyens de se déplacer. Le prélèvement à domicile est une belle initiative. Il peut nous éviter les ravages de cette maladie », affirme-t-elle.

 

À Abobo, l’innovation ne réside donc pas seulement dans l’écouvillon utilisé. Elle tient surtout à une nouvelle organisation des soins : aller vers les femmes, tenir compte de leurs contraintes et rapprocher du même coup le dépistage, le diagnostic et le traitement. Les résultats obtenus démontrent le potentiel de cette approche. Ses limites rappellent cependant qu’une expérimentation réussie ne devient une politique publique durable que lorsqu’elle dispose de ressources nationales, d’un personnel intégré et d’un parcours de soins sans rupture.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de 6 mois du Projet SAIL du Centre d’innovation et de développement du journalisme (CJID