En Côte d’Ivoire, où plus de 90 % des médicaments sont importés, le rôle du distributeur-répartiteur privé est stratégique. À la Distribution Pharmaceutique de Côte d’Ivoire (DPCI), cette mission dépasse la simple logique commerciale. Elle s’inscrit dans une responsabilité sanitaire assumée : garantir que le bon produit arrive au bon moment, partout, y compris dans les localités les plus reculées.

Cinq agences réparties sur le territoire, une flotte de véhicules mobilisée quotidiennement, des prévisions de stocks établies sur plusieurs mois, un maillage régional pensé pour réduire les délais : la DPCI investit lourdement pour que le dernier kilomètre ne devienne jamais le maillon faible de la chaîne. Même lorsque les routes sont dégradées, même lorsque la logistique pèse sur les coûts, le principe demeure intangible : le prix du médicament reste le même, quelle que soit la distance parcourue.

Entre exigences réglementaires strictes, gestion des produits thermosensibles, anticipation des ruptures et montée en puissance de la Couverture Maladie Universelle, la DPCI évolue à la croisée de l’économie et de la santé publique. Dans les coulisses de la distribution pharmaceutique, l’entreprise s’affirme comme un acteur clé de l’équité territoriale. Car au-delà des volumes livrés, c’est une conviction qui guide l’action : aucun Ivoirien ne devrait être pénalisé par l’éloignement géographique lorsqu’il s’agit de se soigner.

Dr Kacou Tanoh Antoine

Directeur commercial – DPCI (Distribution Pharmaceutique de Côte d’Ivoire)

« La distribution du médicament est d’abord une mission de santé publique. »

 

Monsieur le Directeur, Distribuer le médicament au kilomètre carré, qu’est-ce que cela signifie concrètement pour la DPCI ?


Distribuer au kilomètre carré, c’est garantir que chaque Ivoirien, où qu’il vive, puisse trouver son médicament en officine. Cela suppose un maillage territorial structuré. À la DPCI, nous disposons de cinq agences : Abidjan Zone 3, Yopougon, Bouaké, Daloa et San Pedro. Cette organisation nous permet de couvrir le Sud, le Centre, le Nord et l’Ouest du pays. Certaines zones comme Bouna ou Bloléquin sont éloignées et difficiles d’accès, mais elles sont desservies régulièrement. Notre engagement est clair : aucune officine ne doit être isolée.

 

Quels sont les principaux défis que vous rencontrez ?


Le premier défi est logistique. L’état de certaines routes, notamment dans l’Ouest ou le Nord, met nos véhicules à rude épreuve. Les coûts d’entretien sont élevés et les distances considérables. Le défi humain est également réel : nos chauffeurs parcourent parfois des centaines de kilomètres dans des conditions exigeantes. Enfin, il y a le défi économique. La distribution officinale en Côte d’Ivoire n’est pas facturée aux pharmaciens. Nous avons fait le choix, au niveau de la profession, de ne pas répercuter les frais de transport sur le prix du médicament. C’est le principe de péréquation : le prix reste le même, que la pharmacie soit à Abidjan ou à 600 kilomètres. C’est un choix fort en faveur de l’équité.

Ces contraintes peuvent-elles impacter l’accès des populations aux médicaments ?


Nous faisons tout pour que non. Nous sommes un maillon de la chaîne. Une rupture à notre niveau peut avoir un effet direct sur la population. C’est pourquoi nous investissons continuellement dans le stock, la flotte et la formation des équipes. Notre mission ne se limite pas à vendre ; elle consiste à garantir la continuité des soins.

Quel impact la CMU a-t-elle eu sur votre activité ?


La Couverture Maladie Universelle a eu un impact très positif. Nous avons enregistré une croissance d’environ 11 %, supérieure aux années précédentes. Les traitements chroniques, notamment les antidiabétiques et antihypertenseurs, sont davantage demandés. Cela nous oblige à renforcer notre capacité d’anticipation et nos volumes d’achat. Mais cette dynamique est une bonne nouvelle pour la santé publique.

 

Quelle est votre relation avec les pharmaciens de l’intérieur ?


Elle est fondée sur la proximité et l’écoute. Nous les accompagnons parfois dès le choix du site d’implantation. Nous travaillons également à harmoniser les références disponibles dans toutes nos agences afin d’éviter les disparités. Notre rôle dépasse la distribution : nous proposons aussi des solutions de financement en partenariat avec des banques pour soutenir la création et la modernisation des officines.

Quelles réformes vous paraissent prioritaires ?


Il faut améliorer la planification des nouvelles installations d’officines afin d’éviter la fragilisation économique de certaines zones. Il faut également fluidifier les relations avec les autorités de régulation et la douane pour sécuriser l’importation. La distribution pharmaceutique repose sur une chaîne cohérente ; chaque maillon doit fonctionner en harmonie