Nourrir correctement un enfant dès les premiers mois de sa vie, c’est investir dans sa santé, son développement cérébral et son avenir. Pourtant, pour des millions de nourrissons et de jeunes enfants, l’accès à une alimentation suffisamment diversifiée reste difficile. C’est ce défi que les délégations de 15 pays africains, réunies à Abidjan, cherchent à relever lors de l’atelier conjoint OMS-UNICEF consacré à l’accélération des engagements nationaux en matière de nutrition qui se tient à Abidjan depuis le lundi 19 octobre 2026.

L’enjeu concerne particulièrement les enfants âgés de 6 à 23 mois. À partir de six mois, le lait maternel doit être complété par des aliments adaptés à l’âge de l’enfant, sûrs, nutritifs et diversifiés. Céréales, légumineuses, fruits, poisson et viande peuvent contribuer à couvrir ses besoins nutritionnels. Mais encore faut-il que ces aliments soient disponibles et financièrement accessibles aux familles.

 

L’accès aux aliments, au cœur du problème

Pour la Dre Patricia Yoboué N’Goran-Theckly, conseillère en nutrition, alimentation et développement de la petite enfance à la Présidence de la République et coordonnatrice du Conseil national pour l’alimentation et la nutrition (CONANUT), la sensibilisation ne suffit pas si les familles ne disposent pas des moyens nécessaires pour appliquer les recommandations.

« Ce n’est pas seulement d’informer les populations, c’est de se rendre compte de ce à quoi elles ont accès », souligne-t-elle. En Côte d’Ivoire, selon les chiffres qu’elle a présentés, seulement 21,4 % des enfants bénéficient d’une alimentation suffisamment diversifiée.

 

Les difficultés sont accentuées par la pauvreté, les disparités entre les territoires, le coût des denrées et l’accès parfois limité à l’eau potable et aux services de santé. Pour la responsable, l’amélioration des pratiques alimentaires doit donc reposer sur trois leviers complémentaires : l’accès aux aliments, l’accès aux soins et la communication pour le changement de comportement.

 

La question de l’eau est également déterminante. Une alimentation apparemment suffisante ne protège pas un enfant si les conditions d’hygiène et d’assainissement favorisent les maladies diarrhéiques, susceptibles d’aggraver la malnutrition.

 

« La nutrition ne se gagne pas dans les bureaux »

Dans son discours d’ouverture, le représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire, le Dr Lucien Manga, insiste sur l’écart entre les recommandations déjà disponibles et leur application effective sur le terrain. Pour lui, les pays doivent mieux comprendre pourquoi les politiques et les programmes existants ne produisent pas toujours les résultats attendus.

« Les idées tombent dans la tête, les projets sur les papiers, mais l’action est sur le terrain », rappelle-t-il, appelant à placer les communautés au centre des interventions. Il encourage les acteurs à écouter les familles, à comprendre leurs contraintes quotidiennes et à adapter les réponses aux réalités locales.

 

Cette approche rejoint la stratégie multisectorielle défendue par la Côte d’Ivoire. La nutrition ne relève pas uniquement du secteur de la santé : elle dépend également de l’agriculture, de la protection sociale, de l’éducation, de l’eau, de l’assainissement, du commerce et de l’autonomisation des femmes.

 

Des feuilles de route attendues pour 2030

La Dre Patricia Yoboué N’Goran-Theckly rappelle que le taux d’allaitement maternel exclusif en Côte d’Ivoire est passé de 4 % en 2006 à 25 % selon les données qu’elle a citées. Cette progression témoigne des efforts accomplis, mais le chemin reste important pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030.

Pendant trois jours, cet atelier d’Abidjan doit permettre aux pays participants de hiérarchiser leurs priorités, d’identifier les obstacles à la mise en œuvre et d’élaborer des feuilles de route nationales assorties de mécanismes de suivi. L’objectif opérationnel mondial présenté dans les documents de l’atelier est notamment d’accroître d’au moins 20 % d’ici 2030 la couverture de référence de la diversité alimentaire minimale chez les enfants de 6 à 23 mois.

Pour les participants, le défi ne consiste donc plus seulement à multiplier les recommandations, mais à mobiliser des financements, des ressources humaines et des mécanismes de coordination capables de produire des changements mesurables.

Car derrière les engagements se trouvent des enfants dont la croissance et le développement dépendent, dès aujourd’hui, de la qualité de leur alimentation. La réussite des politiques nutritionnelles se jugera finalement à leur capacité à atteindre les familles les plus vulnérables et à leur donner les moyens de mieux nourrir leurs enfants.