Pour Me Fatou Fadika Coulibaly, présidente de la COLCC-CI, la société civile doit pleinement jouer son rôle dans cette bataille. « Les populations doivent savoir que la société civile a son rôle à jouer dans cette lutte contre le cancer », a-t-elle déclaré, appelant à maintenir la sensibilisation au plus près des populations.

Cette proximité constitue justement l'un des enjeux de la campagne. La coalition prévoit des actions dans plusieurs localités, notamment Yopougon, Abobo, Daoukro, Bonoua, Soubré, Tafiré, Béoumi et Korhogo. Des partenariats avec des écoles et des étudiants sont également prévus afin de diffuser des messages de sensibilisation auprès des jeunes.
Aller vers les populations
Parmi les avancées mises en avant figure la mammographie mobile, présentée comme un véritable « hôpital ambulant ». Cet équipement permet d’aller vers les populations et de rapprocher le dépistage des femmes qui ont parfois difficilement accès aux structures spécialisées.
Le Programme national de lutte contre le cancer (PNLCa), structure technique du ministère de la Santé, prévoit également des campagnes à Bouaké, San Pedro et Korhogo durant le mois d’octobre. La mammographie sera proposée à un tarif préférentiel de 2 000 FCFA dans le cadre de ces activités.

Selon les informations communiquées lors de la conférence, la prise en charge du cancer du sein a connu plusieurs évolutions, notamment avec la mise en place du dispositif de « navigateur patient », destiné à mieux accompagner les personnes dans leur parcours de soins. La Côte d’Ivoire dispose par ailleurs d’une ressource humaine de plus en plus spécialisée. Le nombre de spécialistes serait passé de quatre en 2012 à 32 en 2026.
Mais malgré ces progrès, les défis restent importants. Le professeur Innocent Adoubi a indiqué que 5 800 cas de cancer du sein sont déclarés chaque année en Côte d’Ivoire, pour environ 2 800 décès, soit une mortalité proche de 50 %. Il a également insisté sur la persistance d’une méconnaissance de la maladie et sur les difficultés d’orientation des patientes après le diagnostic.

Dépister tôt pour augmenter les chances de survie
Pour les spécialistes, la précocité du diagnostic demeure déterminante. Plus le cancer est détecté tôt, meilleures sont les chances de prise en charge et de survie. Le suivi, lui, s’inscrit dans la durée et nécessite une prise en charge médicale régulière.
Le professeur Adoubi a également salué les avancées obtenues grâce au partenariat entre l’État ivoirien et le laboratoire Roche, notamment autour de la mammographie mobile. Selon lui, l’Octobre Rose doit aussi être l’occasion de relancer le plaidoyer auprès des pouvoirs publics afin d’améliorer l’accès aux traitements.

La question du coût reste en effet un obstacle majeur. Les acteurs de la lutte plaident pour une prise en charge davantage accessible, voire gratuite, du cancer du sein, compte tenu de la durée des traitements et de leur coût pour les familles.
La décentralisation constitue également une priorité. Les conseils régionaux sont appelés à prendre une part plus importante dans cette lutte afin que les femmes puissent bénéficier d’un dépistage et d’une prise en charge plus proches de leur lieu de vie.
Une mobilisation qui dépasse le mois d’octobre
La campagne ne se limitera pas aux grandes villes. Le programme « Gbêkê en Rose » prévoit ainsi de parcourir les villages de la région du Gbêkê avec la mammographie mobile pour rapprocher le dépistage des populations.

À San Pedro, une marche organisée dans le cadre du partenariat entre la COLCC et Roche est prévue le 10 octobre. D’autres initiatives, notamment un concours destiné aux jeunes autour de leur compréhension du cancer du sein, sont annoncées le 16 octobre au Majestic.
Pour les acteurs de la lutte, l’enjeu est désormais de faire de la sensibilisation une action continue. Car au-delà du symbole d’Octobre Rose, la lutte contre le cancer du sein se joue chaque jour : dans le dépistage précoce, l’orientation des patientes, l’accès aux soins, la réduction des coûts et la mobilisation durable de l’ensemble de la société.





