Interview – Dr Pascaline N’Guessan

Pharmacienne, Cheffe de service de la pharmacie – Hôpital Général de Yakassé-Attobrou.

 

« Nos défis restent multiples : l’accessibilité difficile de certains centres de santé ruraux,  le taux de satisfaction parfois insuffisant des commandes, la persistance des médicaments de la rue…»

 

Dr Pascaline N'Guessan

Docteur,  comment s’organise l’approvisionnement en médicaments dans votre hôpital ?

À l’Hôpital Général de Yakassé-Attobrou, nous sommes livrés directement par la NPSP, en tant qu’hôpital de référence.

Le processus est rigoureusement structuré. Chaque dernier jour ouvrable du mois, nous réalisons un inventaire complet. À partir de cet inventaire, nous établissons un rapport de commande détaillé qui comprend :

  • Les quantités reçues au cours du mois
  • Les transferts entrants et sortants
  • Les quantités consommées ou vendues
  • Le stock disponible
  • Les éventuels écarts d’inventaire

Sur la base de ces données, nous calculons les quantités à commander, en tenant compte :

  • De la consommation mensuelle moyenne
  • Du stock minimum de sécurité
  • Du stock maximum autorisé

Ces informations sont ensuite saisies sur la plateforme dédiée de la NPSP pour validation et traitement.

Ce système permet une gestion rationnelle des stocks, même si nous restons dépendants du niveau de disponibilité des produits au niveau central.

 

 Que faites-vous en cas de rupture ou de pénurie ?

En cas de rupture, que nous soyons hôpital de référence ou pharmacie de district, le principe reste le même : nous déclenchons immédiatement une commande urgente auprès de la NPSP.

Cette commande est établie selon le même mécanisme que les commandes mensuelles, mais elle est traitée prioritairement. Nous bénéficions pour cela de l’appui d’une cellule dédiée au sein de la NPSP, la cellule d’appui à la chaîne d’approvisionnement (LHSPLA).

Dès que la commande est disponible, nous procédons nous-mêmes à l’enlèvement afin de réduire au maximum la durée de la rupture.

Cependant, le taux de satisfaction des commandes n’est pas toujours optimal. Lorsque certains produits sont indisponibles au niveau central, cela impacte directement la disponibilité des médicaments essentiels au niveau local.

 

 Vos populations étant majoritairement rurales, quel est l’impact socio-économique sur l’accès au médicament ?

Nos populations sont majoritairement rurales et à faibles revenus. Beaucoup de patients rencontrent des difficultés à supporter le coût global de leur prise en charge.

Face à ces contraintes, certains se tournent vers la médecine traditionnelle ou vers l’automédication, parfois en achetant des produits dont la qualité et les conditions de conservation ne sont pas maîtrisées.

L’arrivée de la CMU a constitué un véritable soulagement, notamment durant la période initiale de gratuité des consultations et soins. Cela a amélioré l’accès aux services de santé.

Cependant, depuis la fin de cette mesure exceptionnelle, certaines familles éprouvent à nouveau des difficultés financières, ce qui peut ralentir le recours aux soins ou conduire à des retards de traitement.

 

Docteur, comment s’organise concrètement la livraison au dernier kilomètre ?

Lorsque les médicaments sont disponibles à la NPSP, nous recevons les produits autorisés selon notre niveau d’habilitation.

Au niveau du district sanitaire de Yakassé-Attobrou, nous disposons :

  • D’un véhicule de livraison type fourgonnette
  • D’une ligne annuelle de carburant, notamment soutenue par le Programme National de Lutte contre le Paludisme

Ces moyens facilitent la livraison vers les centres de santé périphériques.

L’amélioration des infrastructures routières, notamment le bitumage de l’axe Yakassé-Attobrou – Biéby, a significativement amélioré l’un de nos trois circuits de livraison. Toutefois, deux autres circuits restent difficilement praticables, surtout en saison des pluies.

En situation d’urgence, nous utilisons des motos mises à disposition par la Direction des Infrastructures, de l’Équipement, de la Maintenance et du Patrimoine (DIEMP), pour transporter de petits colis de médicaments vitaux.

 

 

 Quels sont aujourd’hui vos principaux défis ?

Nos défis restent multiples : l’accessibilité difficile de certains centres de santé ruraux,  le taux de satisfaction parfois insuffisant des commandes, la persistance des médicaments de la rue,  et  les commodités comme l’absence de chauffeur dédié pour assurer les livraisons régulières

Malgré ces contraintes, nous restons mobilisés pour garantir la continuité des soins et améliorer la disponibilité des médicaments essentiels pour nos populations.