INTERVIEW :— Dr Kouamé Appoh, pharmacien responsable au District Sanitaire de Tabou
Docteur, de l’approvisionnement à la dispensation : comment arrive le médicament à Tabou ?
Tout repose sur la Nouvelle Pharmacie de la Santé Publique de Côte d’Ivoire (NPSP), qui demeure le fournisseur exclusif du secteur public. Le système est structuré et repose sur des réquisitions établies pour les différents programmes de santé ou sur des allocations spécifiques. Les données de consommation proviennent essentiellement des centres de santé périphériques. À notre niveau, nous les analysons minutieusement avant de les transmettre à la NPSP, en tenant compte des paramètres susceptibles d’influencer la disponibilité des produits au dernier kilomètre, notamment la situation épidémiologique, la saisonnalité de certaines pathologies et les délais logistiques.
Une fois les commandes validées à Abidjan, en fonction des stocks disponibles et des priorités sanitaires nationales, les médicaments sont acheminés vers la pharmacie du district. Mais le véritable défi commence après cette étape. Notre mission ne s’arrête pas à la réception des produits. Il faut encore les distribuer vers les Établissements Sanitaires de Premiers Contacts. Or, l’état des routes complique souvent les déplacements. Les pistes dégradées malmènent les véhicules de liaison, entraînent des pannes fréquentes et ralentissent les livraisons. C’est là que se joue réellement le dernier kilomètre.
En ce qui concerne les pénuries et les ruptures, Docteur, quelle est la réalité sur le terrain ?
Il faut reconnaître les efforts de la NPSP, car les ruptures sèches sont de plus en plus rares. Cependant, aucune chaîne logistique n’est infaillible. Lorsqu’une tension sur un produit est identifiée, nous activons immédiatement des mécanismes de transfert intra-district ou inter-district. Cette solidarité pharmaceutique, coordonnée au niveau régional et soutenue par des partenaires techniques comme le LHSPLA, permet d’éviter des interruptions de prise en charge.
Cette capacité d’adaptation est devenue essentielle. Dans un district comme Tabou, où l’isolement peut être accentué par les conditions climatiques, la réactivité locale est déterminante pour maintenir la continuité des soins.
Vulnérabilité économique : quel impact sur l’accès aux traitements ?
Nos populations sont majoritairement rurales et disposent de revenus modestes. Même lorsque les médicaments sont disponibles, le coût global de la prise en charge peut représenter un frein. Toutefois, la vocation sociale de la NPSP permet de maintenir des tarifs accessibles.
Sur le terrain, des mécanismes de solidarité communautaire existent. Certains agents de santé permettent aux patients d’être pris en charge immédiatement et de régulariser les frais ultérieurement. Ces pratiques traduisent l’empathie et la responsabilité sociale des équipes périphériques.
La montée en puissance de la Couverture Maladie Universelle change progressivement la donne. L’accélération récente des enrôlements et la prise en charge effective des soins permettent aujourd’hui à de nombreuses familles d’accéder à des traitements à moindre coût, réduisant ainsi le recours aux solutions informelles.
Les Médicaments de la rue, un phénomène toujours présent à Tabou ?
Le discours est clair. Aujourd’hui, avec l’amélioration de la disponibilité des produits dans les centres de santé et la compétitivité des tarifs, le recours aux médicaments de la rue n’est plus justifiable. Ces produits représentent un risque réel pour la santé publique.
Nous profitons de chaque contact avec les communautés pour rappeler qu’un médicament dont la provenance et les conditions de conservation sont inconnues peut devenir un poison. En pharmacie publique ou privée, le patient bénéficie d’un produit contrôlé, d’un conseil professionnel et d’un prix encadré.
Docteur quels sont les progrès actuels et c’est quoi l’urgence?
Les avancées sont réelles. L’amélioration de la chaîne d’approvisionnement nationale et la démocratisation de l’accès aux soins grâce à la CMU constituent des progrès majeurs.
Mais l’urgence demeure infrastructurelle. Pour garantir durablement la disponibilité des médicaments au dernier kilomètre, il faut améliorer le taux de satisfaction des commandes au niveau central, renforcer les moyens logistiques des districts et sécuriser les voies de communication. Dans des zones comme Tabou, l’équation est simple : lorsque la route est praticable, les médicaments arrivent à temps. Et lorsque les médicaments arrivent, les soins suivent. Comme le résume le Dr Kouamé Appoh, « quand la route passe, la santé passe avec





